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Pour le patriarche Alexis II : « Les sanctuaires du Kosovo ne peuvent pas servir de monnaie d’échange pour le commerce politique »
15/01/2008

« Seule la poursuite des pourparlers sur le statut du Kosovo entre les Serbes et les Albanais peut éviter une nouvelle tragédie" a déclaré dans une interview au journal Blic (de Belgrade) le patriarche de Moscou et de toutes les Russies Alexis II.
Le Patriarche Alexis II a déjà à plusieurs reprises défendu les Serbes et les populations non-albanaises du Kosovo.
-Votre Sainteté, vous avez, déjà à plusieurs reprises, souligné la position difficile du peuple serbe et des populations non-albanaises au Kosovo.
Pristina, sans tenir aucun compte des efforts de la partie serbe pour trouver un compromis et des nombreuses propositions de Belgrade, informe qu'elle va proclamer unilatéralement l'indépendance.
Pourquoi cette situation vous paraît dangereuse ?

Malheureusement on essaye de régler le problème du Kosovo sans tenir compte des aspirations des peuples qui y habitent depuis toujours. Les attitudes des politiques de la région et ceux de l'étranger ne sont basées sur aucune argumentation valable. En même temps, les informations qui viennent de là-bas nous montrent les réfugiés et les profanations de sanctuaires. Cela ne peut laisser personne indifférent. Mais peu de personnes se préoccupent que ces sanctuaires sont d'une importance inestimable pour le peuple serbe et qu’ils ne peuvent servir de monnaie d’échange pour le commerce politique. Ceci doit être pris en compte dans les pourparlers à venir dont la poursuite doit être la seule approche possible pour éviter les nouvelles tragédies et les injustices. Toute solution unilatérale peut ébranler une paix déjà si fragile.

Vous connaissez le problème de l’Eglise serbe et celui de l’Eglise orthodoxe macédonienne non reconnue. D’après vous y a-t-il une issue?

Pour nous, la seule issue dans cette situation difficile entre les Eglises serbe et macédonienne est la reprise des pourparlers fraternels se basant sur le respect des saints canons de l’Eglise. Les deux parties en conflit ne doivent pas chercher leur propre avantage, mais s’employer à chercher l’intérêt commun de l’Eglise en manifestant la plus grande tolérance, l’écoute et la compréhension l’une envers l’autre. C’est ce que nous avons fait récemment pour rénover les liens avec l’Eglise Russe dans la diaspora (Eglise russe hors frontières). Nous ne sommes pas parvenus en « un seul jour », mais avec patience et pas à pas dans un esprit d’amour fraternel, en tachant de résoudre les désaccords et les incompréhensions qui se sont accumulées pendant cette longue période de séparation. Forte de cette expérience, L’Eglise orthodoxe russe est prête à aider par tous ses moyens à l’établissement du dialogue pour la résolution de la question macédonienne.

Les fidèles de l’Eglise orthodoxe serbe ont des difficultés avec l’action de l’Eglise monténégrine non reconnue. L’Eglise orthodoxe russe peut-elle aider à résoudre ce problème?

Pour combattre efficacement le schisme, il est d’une grande importance d’avoir une attitude solidaire forte de toutes les Eglises orthodoxes pour lutter contre ce mal.
Ainsi l’Eglise orthodoxe russe condamne formellement l’action des schismatiques au Monténégro et soutient le métropolite du Monténégro et du Littoral, l’archevêque Amphiloque, le clergé, les moines et les fidèles de l’éparchie qui lui a été confiée, qui défendent l’unité de l’Eglise canonique. Nous appelons les autorités de la République du Monténégro à faire le nécessaire pour protéger les fidèles de l’Eglise canonique et empêcher l’action illégale des forces schismatiques.

Votre Sainteté, pourriez vous nous commentez le document de Ravenne qui a fait beaucoup de bruit ?

Ce document appelé communément « Conséquences ecclésiologiques et canoniques de la nature sacramentelle de l’Eglise. Communion ecclésiale, conciliarité et autorité », a été ratifié par la Commission mixte du dialogue inter confessionnel entre l’Eglise Catholique et les Eglises orthodoxes. Les représentants de l’Eglise orthodoxe russe n’ont pas participé à cette réunion.
Cette rencontre a été marquée par l’incident qui a provoqué le départ de la délégation de l’Eglise Russe qui a dû quitter la commission. Pour des raisons qui nous sont inconnues, la soit disant « Eglise de l’Estonie », crée en 1996 par le patriarche de Constantinople sur le territoire canonique de l’Eglise orthodoxe russe est venue à Ravenne. Leur présence à Ravenne a empêché notre participation à cette rencontre. Ce fameux « bruit » était moins le « document de Ravenne » que cet incident.

Cependant nous avons des remarques sérieuses quant à ce document. Concrètement parlant, le paragraphe 39 du ledit document stipule qu’après le schisme entre l‘Occident et l‘Orient en 1054, « qui a rendu impossible la convocation des conciles œcuméniques stricto sensu » les deux Eglises ont continué, dans les situations de crise à convoquer les conciles. « À ces conciles étaient présents les évêques des Églises locales liées au trône de Rome, mais à l’époque on considérait qu’elles étaient liées au trône de Constantinople » cite ce paragraphe. Le paragraphe exprime bien que dans le monde chrétien existe bien deux centres Rome et Constantinople, mais nous savons pertinemment que le trône de Constantinople ne représente pas pour l’Eglise orthodoxe une notion identique au trône de Rome pour les catholiques.

On a l’impression que ce document offre un nouveau modèle d’organisation de l’Eglise, que notre Eglise n’approuve point. Ainsi, il a été clair que l’absence de l’Eglise orthodoxe russe à Ravenne a facilité l’insertion de ce paragraphe dans le document. Nous avons même un doute, qui plus est, que l’incident avec « l’Eglise orthodoxe apostolique de l’Estonie » ait été spécialement provoqué afin d’exclure provisoirement du dialogue l’Eglise orthodoxe russe.

Ainsi, en tenant compte de ces arguments: la non-participation de notre délégation à Ravenne et le contenu contestable du document - l’Eglise orthodoxe russe conserve le droit de ne pas le reconnaître en tant qu’expression de tous les orthodoxes dans le dialogue avec l’Eglise catholique.

Quel est le message de votre sainteté au peuple serbe dans ces moments de la maladie du patriarche serbe Pavle.

La maladie qui a touché le saint patriarche Pavle est une grande épreuve pour tout le peuple serbe, qui a toujours trouvé dans les actes et les paroles de son père spirituel une orientation morale et un soutien spirituel de tous les instants. Sa sainteté le patriarche Pavle est très respectée par de nombreux fidèles de l’Eglise orthodoxe russe. Avec confiance dans la miséricorde divine, nous adressons avec nos frères serbes dans le Christ nos prières pour la guérison du patriarche Pavle, pour qu’il retrouve force et ait une longue vie. Que le Seigneur, très miséricordieux , par les prières de Sa très sainte Mère garde en paix et en prospérité l’Eglise orthodoxe serbe et le très éprouvé peuple serbe.

Source : orthodoxie.com

 
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