| MEMORANDUM
SUR LE KOSOVO ET LA METOCHIE
un document de l'Assemblée des évêques de
l’Eglise orthodoxe serbe
Le diocèse de France et d'Europe occidentale de l'Eglise
orthodoxe serbe vient de publier, en traduction française,
un document sur le Kosovo (Mémorandum de l Assemblée
des Evêques de l'Eglise orthodoxe serbe sur le Kosovo et
la Métochie. Traduit du serbe par Lioubomir Mikhailovitch,
Paris, 2004, 224p. + ill. couleurs (5e, édition et diffusion
- église Saint-Sava, 23, rue du Simplon, 75018 Paris).
Préparé par l'évêque ATHANASE (Jevtic),
ancien professeur à la faculté de théologie
de Belgrade, ce document a été officiellement approuvé
par l'assemblée plénière de l'épiscopat
serbe, lors de sa session de mai 2003, à Belgrade, sous
la présidence de son primat, le patriarche Paul 1 er (SOP
280.5). Cet ouvrage retrace l'histoire tragique de cette région
du sud de la Serbie depuis le Moyen Age jusqu'au début
du 21 è siècle. Plusieurs annexes rapportent en
détail le drame vécu par les populations serbes
de la région ces cinq dernières années :
liste des églises détruites, incendiées,
démolies et pillées au Kosovo (de 1999 à
2003) ; liste circonstanciée des Serbes tués ou
kidnappés dans la région (de 1999 à 2001).
S'y ajoutent des témoignages et une relation des événements
tragiques de mars 2004, avec une liste des sanctuaires détruits
et des personnes assassinées.
(...) Voilà deux siècles que les Albanais s'efforcent
de déraciner les Serbes du Kosovo et de la Métochie
dans la violence et l'illégalité. Il s'agit de savoir
aujourd'hui si les champions du droit international et des droits
de l'homme sont prêts à sanctionner et à confirmer
légalement ce qui a été conquis au cours
des deux derniers siècles au mépris du droit et
des principes les plus élémentaires.
Pourquoi faut-il que les Serbes vivent aujourd'hui dans des enclaves
et des ghettos, quand ils pourraient vivre dans des cantons libres
et participer ainsi effectivement à l'exercice du pouvoir
au Kosovo, sans faire l'objet de chantages lors d'élections,
à l'issue desquelles les représentants serbes ne
sont qu'un prétexte pour des apparences de démocratie.
(...)
Le respect des droits et des libertés.
Expulsés des centres urbains, privés de la participation
aux institutions sociales fondamentales et parqués dans
des enclaves rurales disséminées, les Serbes se
trouvent non seulement privés de tout pouvoir politique
et économique, mais également de toute liberté
de circulation et de travail. La seule possibilité d'assurer
la survie des Serbes à long terme réside dans la
décentralisation de la province, autour d'un projet de
cantonisation ajustée, c'est-à-dire de la création
de deux entités. Sur ces bases, les secteurs où
vivent les Serbes jouiraient d'une autonomie locale spécifique,
de liens économiques, politiques et culturels forts avec
la Serbie centrale, ainsi que d'un soutien économique
conséquent de la part des pays occidentaux. Un statut particulier
serait accordé aux principaux monastères serbes,
qui seraient exclus du système des juridictions municipales
tout en ayant des liens avec les cantons et l'Etat serbe lui-même.
Les Serbes du Kosovo et de Métochie ainsi que leur Eglise
restent farouchement opposés à l'idée d'un
Kosovo indépendant, qui aboutirait, de l'avis général,
à la disparition totale de la population serbe de ces lieux
chargés d'histoire, de spiritualité et de culture.
Au-delà de son activité spirituelle, la mission
spécifique de l'Eglise serbe est de maintenir éveillée
la conscience de l'ensemble du peuple serbe et de l'opinion publique
mondiale sur la signification du Kosovo et la Métochie
en tant que berceau de la spiritualité, de la culture
et de l'histoire d'un peuple européen, qui n'a cessé
de se tenir, en toutes circonstances, du côté des
pays démocratiques occidentaux.
C'est pourquoi l'Eglise et les Serbes du Kosovo et de la Métochie,
qu'il s'agisse de ceux qui y vivent aujourd'hui ou de ceux qui
n'aspirent qu'à revenir dans leurs foyers et à côté
de leurs sanctuaires, demandent à la communauté
internationale et à l'Etat serbe le respect des droits
et des libertés fondamentaux en matière de
droits de l'homme, des peuples et des rapports internationaux
: (...) que soit mis fin aux souffrances et à la discrimination
ethnique de la population orthodoxe serbe au Kosovo (...) ; que
soit rendu possible 1e retour de tous ceux qui ont été
persécutés et expulsés, en par
ticulier les 230 000 Serbes (...) comme tous les autres habitants
non albanophones (...); que cessent les destructions barbares
et les profanations des églises et des cimetières
orthodoxes, que soit assurée la survie des monastères
et des églises qui revêtent une grande valeur spirituelle,
culturelle et nationale (...).
Pour les Serbes, le Kosovo ne correspond pas à un passé
imaginaire, mythique, mais à la réalité
d'un destin historique et chrétien qui se poursuit jusqu'à
aujourd'hui et qui, même avec la tragédie la plus
récente, ne se trouve pas clos. (...)
Une terre sainte des Balkans, commune aux deux peuples.
Cependant nous croyons en la justice de Dieu et en celle des
hommes, tout comme dans la bonne volonté des hommes justes
qui, au sein de la communauté internationale, souhaitent
la paix et le bien pour tous les êtres et tous les peuples,
en particulier dans les Balkans exposés aux vents et aux
orages, qui constituent toujours une partie de l'Europe libre,
démocratique et culturelle, chrétienne. Nous espérons
dans le Dieu de justice, Vérité et Liberté,
dans le Dieu trinitaire de l'amour évangélique
et de la résurrection et du salut de Pâques, qui
viendra à notre secours en cette période d'épreuves
et de crucifixion. Car Dieu peut et veut venir à notre
secours, comme à celui de tous les êtres de bonne
volonté. C'est pourquoi nous, comme Eglise et comme peuple
chrétien orthodoxe, nous ne sommes animés vis-à-vis
de quiconque d'aucun sentiment d'intolérance ou de haine,
nous contentant de reprendre les paroles de Job le juste : "Si
nous avons reçu le bien de 1a main du Seigneur, n'allons-nous
pas recevoir le mal aussi?" Et, tel le larron repenti sur
la Croix dressée au Golgotha, nous prions : "Souviens-toi
de nous, Seigneur, en ton royaume!" (...)
Nous continuons à croire (...) que les hommes qui gouvernent
le destin des peuples petits et faibles, finiront par se tourner
vers la justice et la démocratie, la vérité
et la liberté pour tous au Kosovo et en Métochie.
C'est pourquoi nous les interrogeons sincèrement, en hommes
et en chrétiens, après cette expérience amère
de plusieurs années au Kosovo et en Métochie : pourquoi
l'innocent peuple serbe a-t-il été bombardé?
S'il s'agissait d'un seul homme au pouvoir, le peuple serbe
a été condamné à une double peine
(...)
Demandons-nous enfin : pourquoi le Kosovo et la Métochie
ne constitueraient-ils pas, en tant que Terre sainte des Balkans,
un pays et une région commune (le mot slave oblast ou région
signifie aussi vlast ou pouvoir) des Serbes et des Albanais, des
chrétiens et des musulmans, commune aux deux peuples, aux
deux langues, aux deux cultures, comme l'est - mutatis mutandis
- la Terre sainte pour les Israéliens et les Palestiniens
? L'Amérique préconise une telle vie commune,
une telle co-existence en Terre sainte. Pourquoi ne la préconiserait-elle
pas de même ici, en cette Terre sainte, par amour de Dieu,
des hommes et des peuples, par respect des sanctuaires, de la
justice et de la liberté ?
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