| “Le Kosovo,
une question de civilisation”
Détruire la Yougoslavie a été une
opération conjointe germano - américaine, probablement
très discrètement envisagée avant même
la disparition du Président Tito.
Evident était l’intérêt de l’Allemagne
cherchant à effacer les traces des traités sanctionnant
ses défaites militaires, saisissant l’occasion de
punir la Serbie de son héroïque résistance
à l’invasion par la Wehrmacht. Le dessein de Washington
était moins explicite, sinon que la dislocation de l’Union
soviétique ôtait à la Yougoslavie son rôle
de « neutre utile » dans l’affrontement est-ouest
et aussi que l’OTAN pourrait s’installer à
proximité de la Méditerranée orientale…
et des énergies fossiles du Moyen-Orient.
La super puissance mondiale et la puissance européenne
allemande se seraient ainsi associées pour recourir à
tous les procédés de coercition dont elles disposaient
:
- coercition financière : dès la fin de novembre
1990 le Congrès des Etats-Unis adoptant une loi relative
aux aides financières à l’étranger,
loi qui spécifiait que Washington allait mettre un terme
à ses relations commerciales avec la Yougoslavie, refuserait
tout crédit et entendait que leurs élections, contrôlées
par les Etats-Unis, fussent organisées dans chaque république
formant la fédération yougoslave.
- Lancement d’une campagne de désinformation calomnieuse
à l’encontre des Serbes afin de justifier les agissements
futurs des deux associées.
- Blocus économique destiné à affaiblir
la résistance de la population serbe, voire à l’opposer
à ses dirigeants.
- campagne de MM. Kohl et Genscher pour amener leurs partenaires
en Europe à souscrire au démantèlement de
la Yougoslavie, en utilisant les clauses du récent traité
de Maëstricht.
- Armer, par l’Allemagne, la fédération croato-musulmane
mise sur pied par Washington pour combattre les Serbes.
- A Rambouillet, tendre un traquenard diplomatique aux exigences
exorbitantes afin de reporter sur Belgrade la responsabilité
du recours à la force.
- Bombarder la Serbie pour plonger ce pays dans état de
délabrement profond en vue de lui imposer une dernière
épreuve : faire admettre l’agression par ses victimes
et les contraindre à s’en remettre à des dirigeants
« complaisants », cela en achetant les consciences
d’une population plongée dans la misère.
- En s’opposant à l’indépendance du
Kosovo et à l’accentuation de l’émiettement
des Balkans, si chère à Berlin, Belgrade s’est
dressée pour dire non.
Tout en se disant les parangons de la vertu, les grandes démocraties
occidentales ont prouvé en Yougoslavie, qu’en matière
de mauvaise foi, de machiavélisme, de cynisme et de brutalité,
elles n’avaient pas de leçon à recevoir des
autocraties, mais qu’elles étaient en mesure de leur
en donner.
Source: Pierre Gallois - Paris, 28 mars 2007
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