MESSAGE DE L’ASSEMBLEE DES EVÊQUES DE L’EGLISE ORTHODOXE SERBE CONCERNANT LES POURPARLERS SUR LE STATUT DU KOSOVO ET DE LA METOCHIE
4 Novembre 2005

C’est avec beaucoup d’inquiétude que l’Assemblée des Evêques de l’Eglise orthodoxe serbe suit les événements du Kosovo et de la Métochie, où, six ans après les bombardements par l’OTAN et l’arrivée des forces internationales, les épreuves infligées à nos fidèles et à nos sanctuaires se poursuivent.

Le Conseil de Sécurité de l’ONU ayant proposé de commencer les pourparlers sur le futur statut du Kosovo et de la Métochie, l’Assemblée des Evêques a donné son plein appui à la position exprimée par le Premier ministre de Serbie, Vojislav Koštunica, affirmant que la question du futur statut de la Province doit être réglée dans le respect des principes internationaux de l’inviolabilité de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des Etats démocratiques, dont la Serbie-Monténégro fait partie. La solution retenue pour le Kosovo et la Métochie devra prendre en compte les intérêts de tous les habitants qui y vivent et être conçue de manière à ne pas déstabiliser la situation de l’ensemble de la région, qui a besoin, après des années de guerres et de souffrances, de paix, de réconciliation, de concorde et de développement moral, économique et autre.

Une solution politique juste et durable implique des pourparlers. Elle ne saurait être octroyée unilatéralement, ni provenir d’un redécoupage des territoires sur une base ethnique, car ceci provoquerait des transferts massifs de populations et de nouvelles tensions dans les Balkans, dont les conséquences seraient impossibles à imaginer. S’il devait arriver, à Dieu ne plaise, qu’une solution quelconque soit imposée, l’Assemblée s’attend à ce que le Parlement de Serbie précise à l’ensemble de la population qu’une occupation illégitime et illégale d’une partie de notre territoire national a été ainsi accomplie.

L’Assemblée considère que la condition préalable à toute tentative sérieuse de résoudre la question du statut de cette province méridionale de la Serbie, consiste dans le retour sans entraves et dans des conditions supportables des personnes exilées, la protection de leurs droits patrimoniaux et l’exercice des libertés individuelles et collectives.

Depuis l’instauration de l’administration de l’ONU, de nombreuses maisons et églises ont été détruites au Kosovo et en Métochie sans qu’on ait pu rassembler les données concernant les biens mobiliers et immobiliers appartenant à l’Eglise orthodoxe serbe et au peuple serbe disparus au cours de cette période ou usurpés durant des années ; il est donc nécessaire de rassembler la documentation relative aux biens qui ont été dérobés, usurpés ou détruits, puis procéder à une identification sur le terrain afin de déterminer à qui ces biens sont dévolus dorénavant.

Outre la protection institutionnelle, juridique et foncière, des habitants du Kosovo et de Métochie, l’Eglise est fondamentalement intéressée à la protection permanente de ses lieux saints : monastères, églises et biens culturels. Ces sanctuaires chrétiens orthodoxes ont été au cours des siècles, y compris dans les époques les plus difficiles, les gardiens fidèles et les témoins de l’identité spirituelle et culturelle du peuple serbe au Kosovo et en Métochie. Aussi l’Assemblée des Evêques salue-t-elle les recommandations du représentant spécial des Nations Unies, M. KaÏ Eide, qui a proposé une protection spéciale des lieux saints orthodoxes grâce à la création de zones de protection, en présence de forces internationales de la KFOR. Outre des zones de protection, il est nécessaire de fournir des garanties internationales spécifiques permettant des conditions d’existence et d’activité des communautés monastiques qui soient libres et sans encombres, spirituellement et matériellement. Comme la plus grande partie de nos lieux saints se trouve située dans un environnement majoritairement albanais, ce type de protection ne devrait aucunement porter préjudice à la résolution du statut de la Province, qui devra tenir compte du droit international. C’est pourquoi l’Assemblée des Evêques confie au Saint Synode des Evêques et à son Comité pour le Kosovo et la Métochie, de mettre au point, en collaboration avec les experts compétents serbes et étrangers et en plein accord avec les institutions responsables de l’Etat de Serbie, les meilleures solutions institutionnelles conformes aux possibilités et aux besoins qu’impose la situation sur le terrain.

De même, les institutions responsables de Serbie devraient, en liaison avec les experts étrangers, continuer à prendre soin de notre héritage culturel et de la sauvegarde de son identité spirituelle et culturelle. A cet égard, l’Assemblée des Evêques apporte son soutien au processus initié en vue de la reconstruction des lieux saints détruits, auquel participent des représentants de notre Eglise et du Fonds pour la protection des monuments culturels de Serbie, le Diocèse de Raška-Prizren ainsi que des institutions internationales ; en effet, la reconstruction de ce qui a été détruit constitue la meilleure réponse à ceux qui ont voulu détruire ces lieux saints afin d'annihiler l'existence de notre Eglise et de notre peuple et procéder ainsi à une modification de l'identité de civilisation de cet espace. On ne saurait jamais oublier, à ce propos, qu'au Kosovo et en Métochie se trouve le patriarcat de Pec, centre spirituel de l'Eglise orthodoxe serbe et siège du Patriarche serbe, ce qui revêt notamment une signification exceptionnelle en ce qui concerne la résolution future du problème du statut de cette Province.

L'Assemblée des Evêques continuera, par l'intermédiaire du Diocèse de Raška-Prizren, du Saint Synode des Evêques et du Comité compétent pour le Kosovo et la Métochie, à suivre en permanence l’évolution des événements au Kosovo et en Métochie et à faire tous ses efforts pour que la voix de l’Eglise se fasse entendre à temps et respecter.

En nous adressant ainsi aux organes compétents de notre pays et de l’étranger, nous nous adressons en même temps à nos concitoyens albanais, en souhaitant que Dieu leur accorde paix, justice et prospérité dans tous les domaines, comme à nous-mêmes. Ce faisant, nous leur proposons sincèrement réconciliation et pardon mutuel. A cet égard, nous tenons à rappeler une énième fois, à eux comme à nous, une vérité évidente : notre histoire et notre destin nous conduisent les uns vers les autres – au Kosovo et en Métochie, il existe suffisamment de pain, de soleil, d’eau et d’amour de Dieu pour nous tous. Toute personne dotée de conscience et de bon sens sait pertinemment que la violence, les expulsions, les discordes, la haine et les crimes, de quelque côté qu’ils viennent, n’ont jamais apporté le bonheur à quiconque. On ne construit pas son avenir sur le malheur, les larmes versées par des innocents et le sang d’autrui, en particulier d’enfants innocents. Toute violation des lois morales éternelles et de la simple justice aboutit en retour, tôt ou tard, pour les hommes et les peuples, au jugement et à la justice de Dieu.

Nous appelons à nouveau le peuple serbe à rester fidèle à sa foi et à la probité humaine, à ne pas se décourager devant les dangers et les attaques déraisonnables, mais à se montrer constant et persévérant sur la terre de ses ancêtres, à côté des lieux saints donnés par Dieu.

 

COMMUNIQUE DE LA SESSION ORDINAIRE DE L’ASSEMBLEE DES EVEQUES
DE L’EGLISE ORTHODOXE SERBE

2-4 Novembre 2005 à Belgrade

La session ordinaire de l’Assemblée des Evêques de l’Eglise orthodoxe serbe a eu lieu au Patriarcat de Belgrade du 2 au 4 novembre 2005, sous la présidence du Patriarche Paul et en présence de l’ensemble des évêques, à l’exception du métropolite d’Amérique du centre-ouest, Mgr Christophore, et du chef de l’archevêché autonome d’Ohrid, l’archevêque Jovan, emprisonné dans la prison de Skoplje, pour l’honneur de Dieu.

La question centrale examinée par l’Assemblée lors de cette session, la seconde organisée en 2005, concerne la présence actuelle et l’avenir de l’Eglise orthodoxe serbe et du peuple serbe au Kosovo et en Métochie, dans la perspective du commencement des pourparlers relatifs au futur statut de la Province. L’Assemblée a exprimé sa position et ses attentes sur cette question, dans un message approprié destiné à l’opinion serbe et internationale, et dans un communiqué destiné aux fidèles de l’Eglise orthodoxe serbe et au peuple serbe. Le point-clé du message de l’Assemblée a consisté à exiger que notre Eglise souffrante et notre peuple souffrant du Kosovo et de Métochie se voient enfin assurer la liberté et la protection élémentaires et que la discussion sur le statut ait lieu sur la base de la justice, de la morale et du traitement égalitaire de toutes les communautés ethniques et de leurs intérêts légitimes, conformément aux normes de l’ordre juridique international.

A l’invitation de Sa Sainteté le Patriarche serbe, le président du gouvernement serbe, M. Vojislav Koštunica, accompagné du président du Centre de coordination du gouvernement serbe, Mme Sanda Raškovic-Ivic, a rencontré les membres de l'Assemblée et leur a fait connaître la position du gouvernement de Serbie sur le futur statut du Kosovo et de la Métochie et les mesures que le gouvernement entreprend en vue de préserver l'intégrité territoriale de la Serbie, avec le Kosovo et la Métochie comme partie intégrante.

L'Assemblée a demandé à S.E. le vicaire épiscopal de Lipljan, Mgr Théodose, vice-président du Comité de l'Assemblée des Evêques pour le Kosovo et la Métochie et représentant de l'Eglise orthodoxe serbe au sein de la Commission pour la reconstruction des églises orthodoxes au Kosovo et en Métochie, de rester en contact avec les représentants compétents de la communauté internationale dans la Province et de leur faire connaître les positions officielles du Saint Synode des Evêques. L'assemblée a simultanément demandé à Mgr Théodose d'informer régulièrement S.E. l'évêque de Raška-Prizren, Mgr Artemije, en tant que responsable épiscopal compétent, ainsi que le Comité de l'Assemblée des Evêques pour le Kosovo et la Métochie, de tous les événements et des problèmes en cours au Kosovo et en Métochie.

L'Assemblée souligne que ne pourront être considérées comme positions officielles de l'Eglise orthodoxe serbe sur la situation au Kosovo et en Métochie que les déclarations émanant du Saint Synode des Evêques et du Comité de l'Assemblée des Evêques sur le Kosovo et la Métochie, agissant en tant qu'instances compétentes de l'Assemblée.

L'Assemblée a pris connaissance, avec beaucoup de tristesse et d'amertume, du rapport de l'archevêché d'Ohrid sur la situation difficile de son chef, enfermé dans la prison Idrizovo de Skoplje, où il a été incarcéré, à l'issue d'accusations sans fondement et d'un simulacre de procès, en raison de son engagement irréductible en faveur de l'unité de l'Eglise et de l'ordre canonique de l'Eglise orthodoxe. L'Assemblée adresse à nouveau, une enième fois, un appel aux responsables du schisme survenu au sein de l'Eglise en république de Macédoine, qui ont inspiré les persécutions à l'encontre de l'archevêché d'Ohrid et de son Premier hiérarque, à faire preuve de repentir et d'unité avec toutes les Eglises-soeurs locales dans la bienheureuse plénitude panorthodoxe. Simultanément, l'Assemblée s'adresse une nouvelle fois à toutes les institutions compétentes du monde démocratique ainsi qu'aux organisations engagées dans la défense des droits de l'homme et des libertés, afin qu'elles obtiennent, par une action énergique, la libération de l'Archevêque Jovan et l'arrêt de la terreur exercée par l'Etat et la police sur l'Eglise orthodoxe, reconnue et légitime, en république de Macédoine. Car, après la chute du communisme, il s'agit d'un exemple unique de persécution systématique de l'Eglise orthodoxe dans l'Europe contemporaine, et même dans le monde, qui constitue un défi terrible à la démocratie et aux valeurs fondamentales du monde civilisé.

L'Assemblée suit avec préoccupation les manifestations de harcèlements à l'encontre de fidèles orthodoxes ainsi que les agressions en série contre le patrimoine de l'Eglise orthodoxe serbe, voire de la destruction de celui-ci dans certaines régions de Croatie et de Bosnie-Herzégovine. L'Assemblée constate que le retour des personnes déplacées et exilées dans leurs foyers situés dans ces Etats reste encore très limité et qu'il s'accompagne de nombreuses difficultés et d'incertitudes. Entre autres, l'immeuble de l'école de théologie de Sarajevo n'a pas encore été restitué, alors que les autres Eglises et communautés religieuses se sont vues restituer leurs biens immobiliers.

L'Assemblée exprime son émotion devant les attaques calomnieuses proférées à l'encontre de certaines institutions de l'Eglise orthodoxe serbe, qui se trouvent accusées, sans fondement et de manière irresponsable, de cacher des personnes poursuivies pour crimes de guerre. Les membres de l'Assemblée éprouvent les mêmes sentiments devant les calomnies et les attaques lancées par des groupes extrémistes en Turquie contre le Patriarcat de Constantinople et la personne de Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée I. L’Assemblée espère fermement que les organes publics de la République de Turquie, clairement engagés dans une perspective européenne, fourniront une protection adéquate et une sécurité juridique à l’Eglise orthodoxe ainsi qu’aux autres Eglises chrétiennes et à toutes les communautés minoritaires sur le territoire turc.

L’Assemblée a procédé à la réorganisation de ses instances – le Comité pour le Kosovo et la Métochie, le Comité pour la collecte des données sur le camp de la mort de Jasenovac et le Comité pour le développement de l’éducation religieuse et de la scolarité. C’est dans la perspective d’un tel développement que l’Assemblée a décidé qu’à partir de la prochaine année scolaire, la durée des études dans les séminaires de l’Eglise orthodoxe serbe serait à nouveau de cinq années, et non de quatre années, comme cela a été le cas au cours de la période récente.

Enfin, l’Assemblée a donné son accord de principe au texte de l’Accord conclu avec le gouvernement de la République italienne, destiné à régler le statut de l’Eglise orthodoxe serbe en Italie.

 

MESSAGE DE SA SAINTETE LE PATRIARCHE PAUL AU NOM DE L’ASSEMBLEE DES EVEQUES DE L’EGLISE ORTHODOXE SERBE CONCERNANT LES FUTURS POURPARLERS SUR LE STATUT DU KOSOVO ET DE LA METOCHIE
4 novembre 2005

Chers enfants spirituels,

L’Assemblée des Evêques de l’Eglise orthodoxe serbe ne cesse d’adresser ses prières au Seigneur et espère qu’en ces heures décisives où commencent les pourparlers sur le statut du Kosovo et de la Métochie, les Etats les plus responsables du monde ainsi que toute la communauté internationale n’iront pas à l’encontre de la justice divine et de celle des hommes et ne resteront pas sourds aux principes du droit et de la justice sur lesquels repose l’ordre international. Ce n’est qu’à ce prix que la justice et la vérité l’emporteront sur l’arbitraire et décourageront les agressions. L’Assemblée rappelle que dans l’histoire des hommes à ce jour, tout ce qui a été pris par la force a été frappé de malédiction. Il n’en serait pas autrement aujourd’hui.

Convaincus que la communauté internationale ne l’acceptera à aucun prix, nous sommes tenus devant Dieu et les hommes à dire et à mettre en garde, dans la perspective du droit international, contre toute tentative de s’emparer par la force du Kosovo et de la Métochie signifierait qu’au 21ème siècle, sous les yeux du monde entier, dans un Etat démocratique au milieu de l’Europe, on se livre à la capture d’une partie du territoire de cet Etat, qui constitue de surcroît son berceau spirituel. Et aussi dissimulée que cette action puisse être, une telle capture revêtirait dans son essence le caractère d’une occupation. Il est superflu de mentionner quelles conséquences ceci pourrait avoir, non seulement pour la Serbie et le Monténégro, mais pour l’avenir de l‘Europe et du monde. Ce n’est que par un accord qu’on pourra aboutir à une solution faite de compromis et juste. Nous ne recherchons rien d’autre que de régler la question du Kosovo et de la Métochie de la même manière que d’autres Etats démocratiques européens ont résolu des problèmes similaires. L’Etat de Serbie doit, à cet égard, être prêt à garantir une autonomie juridique et substantielle au Kosovo et à la Métochie, pour tous les hommes et les peuples qui y vivent.

Nous nous adressons enfin à vous, nos fidèles de la sainte Eglise orthodoxe, enfants de Saint Sava et nos enfants spirituels : soyez fidèles, courageux et unis ! Préservons notre âme et notre conscience ! C’est ainsi que sera préservée la sainte et souffrante terre de nos honorables ancêtres.

Que Dieu vous bénisse tous ainsi que tous les hommes de bonne volonté !

 
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