| SUPPLEMENT AU MEMORANDUM
SUR LE KOSOVO ET LA METOCHIE
TEMOIGNAGES
SUR LES EVENEMENTS DE MARS 2004
RAPPORT ETABLI A LIPLJAN
(17-20 Mars 2004)
par Mgr. Athanase (Jevtic), ancien évêque d’Herzégovine
l’higoumène Mihaïlo du monastère de Sopocani
et le moine Nektarije
(publié dans « Knjievne Novosti »
du 25/03/2004)
Le mercredi 17 mars 2004 en fin d’après-midi, les
terroristes albanais attaquèrent les Serbes dans la localité
de Lipljan, dans le secteur situé à droite (au sud)
de la route principale qui mène de Priština à
Prizren, en traversant Lipljan. Des bombes furent lancées
et des coups de feu tirés sur les Serbes, blessant grièvement
Nenad Vesic (54 ans) qui devait succomber à ses blessures
ainsi que d’autres habitants serbes. Puis, les agresseurs
se divisèrent en trois groupes, chacun composé de
sept cents personnes environ, soit deux milliers d’Albanais
au total, qui se dirigèrent vers la partie Nord de Lipljan,
peuplée de 800 à 1000 Serbes, vivant principalement
autour de deux églises : la vieille église
de la Très Sainte Mère de Dieu et la nouvelle église
dédiée aux Saints et Grand Martyrs Flore et Laure.
Le résultat de ce pogrom terroriste, qui s’est poursuivi
le jeudi 18 mars 2004, est le suivant : vingt-huit (28) maisons
serbes incendiées, c’est-à-dire de demeures
familiales (ce qui signifie qu’on a brûlé un
tel nombre de maisons et un nombre encore plus important de bâtiments
annexes situées dans les cours adjacentes). On y trouvait
notamment la maison d’un peintre et les restes des peintures
incendiées. Outre Nenad Vesic, une dizaine d’autres
personnes ont été blessées, parmi lesquelles
le prêtre de la paroisse de Lipljan, Randjel Denic. La population
serbe a été expulsée, non seulement des 28
foyers considérés ci-dessus, mais aussi du secteur
sud et d’une partie du secteur nord de Lipljan.
Selon le témoignage du prêtre et des habitants serbes
qui ont été les victimes directes de ces événements,
l’attaque des terroristes albanais a d’abord été
marquée par une démarche des membres albanais de
la Police du Kosovo, qui ont fait sortir les Serbes de leurs maisons
sous le prétexte de les protéger de l’assaut
de la foule qui déferlait, en fait pour permettre aux terroristes
albanais d’incendier plus aisément et détruire
les maisons et les habitations serbes de Lipljan. Répartie
en trois groupes, la masse des terroristes utilisait des armes
à feu, mais disposait aussi de mines incendiaires, de petites
grenades et de raquettes spéciales lancées à
partir de fusils de façon à déclencher immédiatement
un grand incendie, ainsi que de bombes manuelles et de cocktails
Molotov. Dans certaines maisons, quelques Serbes essayaient d’opposer
une résistance, mais la police les encerclait immédiatement,
les arrêtait, leur attachait les mains et les conduisait
au centre de police.
A l’approche des églises, la foule hurlait, jetait
des pierres et des bombes sur les maisons serbes placées
dans la rue menant à l’une des églises. Quand
une bombe manuelle fut tombée à côté
d’un homme âgé d’origine serbe, les policiers
du Kosovo se précipitèrent, se saisirent de lui
et lui attachèrent les mains, car, soi-disant, c’était
lui qui avait lancé la bombe ! La même mésaventure
survint au prêtre Randjel Denic. Une bombe manuelle tomba
à 3-4 mètres de lui dans la cour de l'église,
qui explosa en touchant le sol, le blessant de sept à huit
éclats (dont deux dans la poitrine, un au front, et les
autres sur les mains et aux pieds). Heureusement, ces blessures
ne sont pas graves, et ce prêtre, qui avait quasiment perdu
conscience, a néanmoins pu rester debout. Auparavant, après
avoir entendu qu'une foule allait surgir, il avait fermé
le portail principal de l'église ainsi que la porte, avant
de se diriger vers la maison paroissiale, située au nord
des églises. Les pierres atteignaient les vitres des deux
églises, et venaient jusqu'à lui, lorsqu'une bombe
manuelle atterrit à ses côtés. Les terroristes
venaient d'enfoncer le portail de l'église et d'arriver
sur le parvis, sans cesser de lancer des pierres. Mais ils ne
parvinrent pas à pénétrer dans l'église
et y mettre le feu, car des soldats finlandais et tchèques
de la KFOR venaient d'arriver.
Avant l'arrivée de la KFOR, le père Randjel, le
visage et les mains ensanglantés par les éclats,
était entré dans la maison paroissiale afin de se
laver le visage et le front. C'est alors que surgirent plusieurs
policiers albanais qui encerclèrent la maison paroissiale
et se postèrent sur le sol, le revolver pointé sur
la maison, hurlant en serbe :»Eh toi, dans la maison, sors
de là !» Lorsque le prêtre apparut sur le seuil,
les policiers lui ordonnèrent de s'allonger immédiatement.
« Pourquoi ?», demanda le père Randjel. «Parce
que tu lances des bombes», lui répondit-on. «Comment
serait-ce possible alors que je suis tout ensanglanté par
les éclats ?» leur rétorqua le prêtre,
qui refusa de se coucher. Ils le forcèrent à lever
les mains afin de le fouiller pour voir s'il avait des armes sur
lui, puis ils lui passèrent les menottes.
Puis, les policiers albanais envahirent la maison paroissiale
et fouillèrent partout pour voir s'il y avait des armes,
avant de conduire le père Randjel, menotté, un peu
avant 18h, au poste de police. Sur place, on força celui-ci
à s'allonger ventre à terre, toujours attaché,
et cela alors qu'il souffrait de douleurs dans la poitrine dûes
aux éclats reçus et continuait à saigner.
Il fut maintenu dans cette position jusqu'à 22h40, c'est-à-dire
l'arrivée d'un policier américain qui procéda
à sa libération. Les blessures provoquées
par les éclats étaient toujours visibles le samedi
20 mars 2004, lorsque nous lui avons rendu visite entre 16 et
17h. D'autres Serbes blessés par des éclats à
Lipljan, se trouvent à l'hôpital SIMONIDA de Gracanica
et à celui de Laplje Selo.
De nombreux Serbes originaires de Lipljan se sont réfugiés
en direction de Laplje Selo et de Gracanica, alors que 130 Serbes
(dont 15 enfants et 18 personnes âgées) se sont installés
à Suvi Dol (de l'autre côté de la route principale).
D'autres Serbes se sont réfugiés dans la partie
Nord de Lipljan, où reviennent maintenant certains réfugiés
évoqués ci-dessus en provenance de Laplje Selo et
de Gracanica. Ils n'ont nul endroit pour s'abriter, ne disposant
pas de lits ni de literie, pas plus que de nourriture. Le samedi
20 mars dans l'après-midi, lorsque nous leur avons rendu
visite, ils se partageaient leurs derniers restes de pain et de
provisions (aujourd'hui, pour la première fois, ils ont
pris leur premier repas vers 16h). Ils supplient qu'on leur envoie
des secours en lits et en literie, car ils ont l'intention de
se rendre dimanche, après la Liturgie, à la Maison
de la culture, d'y séjourner et d'y acueillir les réfugiés
de retour. On ne sait s'ils réussiront dans ce projet,
car cette Maison est depuis longtemps occupée par les Albanais.
C'est donc le samedi 20 mars vers 16-17h que nous nous sommes
entretenus à Lipljan avec le père Randjel et les
habitants serbes, avant de nous rendre dans la partie incendiée
du secteur serbe de Lipljan, où s'élève encore,
à certains endroits, la fumée de feux non éteints.
Nous avons photographié plus d'une dizaine de maisons incendiées
ainsi que d'autres bâtiments serbes, bien qu'il soit toujours
risqué de circuler dans la localité de Lipljan,
même dans ce secteur incendié, car le danger de «snippers»
albanais demeure. C'est le contingent finlandais qui assure, des
deux côtés, la protection de l'accès aux églises
; on y remarque également une partie du contingent tchèque
de la KFOR. Pour les uns et les autres, les Serbes affirment que,
malgré un certain retard, ils ont fourni une aide précieuse.
Nous avons aussi rencontré sur la route, près des
maisons incendiées, un policier américain, avec
qui nous avons eu un bref échange. Un soldat finlandais,
arrivé en jeep, s'est approché de nous et s'est
comporté correctement. Un autre militaire finlandais, en
nous voyant, s'est signé à la manière orthodoxe.
Les habitants serbes, dont les maisons ont été brûlées,
nous ont montré une maison à deux étages,
encore inachevée (avec du foin au rez-de-chaussée
et des pièces d'habitation dans les étages), où
deux Albanais étaient montés dans les étages
afin de piller, alors que d'autres Albanais (ignorants de la présence
des deux premiers) mettaient le feu à la maison (avec du
foin) où se trouvaient encore les deux Albanais.
Il nous faut répéter le fait évident que
la police albanaise, qui a été, sinon l'organisateur,
du moins le devancier des actions des terroristes, leur a en tout
cas préparé le chemin pour la mise en vigueur du
pogrom sur les Serbes et tout ce qui est serbe. Les Serbes, témoins
sur place, ont pu voir comment des policiers albanais riaient
à proximité des maisons auxquelles les terroristes
mettaient le feu. Ajoutons que les terroristes sont très
bien armés et équipés de tout le nécessaire
pour des actions rapides, ce qui leur permet d'incendier en moins
d'une heure ; ils n'utilisent pas les bombes manuelles ou des
cocktails Molotov, mais tirent avec leur fusil des raquettes qui
provoquent des incendies se propageant vite;
Nous avons composé ce rapport à toute allure, immédiatement
après notre retour de Lipljan. reprenant nos propres souvenirs
; en outre, de très nombreux détails nous ont été
racontés sur place et c'est pourquoi nous avons demandé
au père Randjel Denic d'écrire lui-même son
rapport détaillé.
Pendant que nous écrivions ce rapport, nous est parvenue
la nouvelle qu'une nouvelle maison serbe de Lipljan a été
incendiée, et qu'elle brûle toujours.
Au monastère de Gracanica, le samedi 20 mars 2004 à
19h.
TEMOIGNAGES ETABLIS EN METOCHIE
ET A DEVIC
(Mars 2004)
de Mgr. Athanase (Jevtic), ancien évêque d’Herzégovine
et de l’higoumène Mihaïlo du monastère
de Sopocani
(publiés dans « Pravoslavlje », organe
du Patriarcat serbe, en date du 1/04/2004)
DANS LES VILLES DE METOCHIE
Le lundi 22 mars 2004, avec l’aide de policiers américains
de la MINUK, nous avons pu, pendant tout l’après-midi,
nous rendre dans nos Sanctuaires, de Pec et Decani, de Prizren
et Štrpce.
Au Patriarcat de Pec, où, Dieu merci et grâce au
général italien commandant la KFOR, la sécurité
a été renforcée, tout est calme. Tout au
long de ces journées, l’évêque Joanikije
de Budimlje séjourne au Patriarcat, ce qui constitue un
encouragement pour les religieuses, courageuses elles-mêmes,
de Pec.
Dans la ville de Pec, l’église et la métropolie
ont été détruites, mais nous n’avons
pas été en mesure de nous rendre sur place et prendre
des photographies.
A Belo Polje, près de Pec, l’église est restée
telle qu’elle était, mais le centre paroissial a
été incendié ainsi que toutes les maisons
restaurées des Serbes qui étaient revenus.
A Djakovica, la vieille église paroissiale a été
détruite ainsi que les deux maisons appartenant à
l’église. Le matériel de construction provenant
de la plus ancienne des deux maisons a été dispersé,
le mur autour de l’église abattu et des Albanais
utilisent déjà une partie de la cour de l’église
pour y garer leurs voitures. En passant devant la nouvelle église-cathédrale
de la Sainte Trinité de Djakovica, nous avons vu que tout
le matériel de construction a disparu et qu’un parc
a été aménagé ; il ne reste qu’un
peu de petit matériel, quelque part au milieu de l’emplacement.
Nous avons pu également observer, en passant, que les églises
situées à Piskote et à Bistrain (sur
la colline) ont été totalement détruites.
A Prizren, nous nous sommes d’abord rendus à l’église
de la Mère de Dieu de Ljeviša et, Dieu merci, nous
avons réussi à y pénétrer et à
filmer. Le Saint Trône a été détruit
et l'église a été incendiée ; il semble
possible de sauver encore assez de choses, mais il faudrait rapidement
établir un cordon de sécurité important autour
de l'église (car des Albanais l'utilisent déjà
pour leurs besoins naturels : nous avons vu l'un d'entre eux qui
sortait en reboutonnant sa braguette et des traces d'urine étaient
visibles dans l'église même !). A l'entrée
de l'église, toutes les grilles en fer ont été
brisées, tout comme tous les locaux situés du côté
nord de l'église ainsi que près de la rue et un
peu plus loin dans la cour (où se trouvait le centre paroissial).
La plus ancienne fresque de la Mère de Dieu avec le Christ
et la corbeille de pains, a été sciée dans
son tiers inférieur, de sorte qu'on voit maintenant le
mur dénudé ! En circulant dans Prizren, on remarque
que toute la Kaljaja a été incendiée et que
les fenêtres et le portail de l'église du Christ
Sauveur ont été noircis par le feu (mais l'église
n'a pas été détruite). On distingue la coupole
de l'église de Saint Panteleïmon, située au-dessus
du Séminaire orthodoxe, mais on voit aussi que cette église
a été incendiée. L'église-cathédrale
de Prizren a été incendiée, son toit a été
détruit et il ne reste que les hauts murs. Des Albanais
emportent ce qui reste dans cette église. On a aussi détruit
la résidence de l'évêque, son toit s'est effondré
et la porte d'entrée sur la rue est encombrée de
gravats. Nous avons entendu dire que les autres églises
de Prizren on été également incendiées,
mais n'avons pu nous rendre sur place. En regardant le Séminaire
orthodoxe des Saints Cyrille et Méthode, nous avons pu
observer les terribles conséquences de l'incendie : il
ne reste plus que des murs, plus ou moins détruits. Dans
l'incendie du Séminaire orthodoxe, le Serbe Dragan Nedeljkovic,
âgé de 55 ans, a péri le mercredi 17 mars
2004, alors que dans la cave de l'Ecole, on a découvert
le corps carbonisé d'une femme (serbe ?), dont l'identité
n'a pas été établie.
Au monastère des Saints Archanges (près de Prizren),
nous avons pu voir les terribles effets de l'incendie et de la
destruction. Du côté Ouest, en direction du complexe
monastique, tout ce qui était en bois a brûlé
(le vieux mur du côté de la Bistrica reste entier),
le toit est majoritairement en ruines, mais la coupole du paraclet
(chapelle) de Saint Nicolas de ica et d'Ohrid tient debout.
A l'intérieur du paraclet, tout a été brisé,
dévasté et brûlé ; nous n'avons retrouvé
que des morceaux du lustre en laiton et en avons pris des fragments.
On a également incendié l'atelier du monastère,
à gauche de l'entrée Est dans la cour. Les Allemands
ont maintenant triplé le nombre de soldats et de véhicules
militaires autour des Saints Archanges, mais quel sens cela a-t-il
désormais ?
A Sredska (Prizren), nous avons rendu visite aux moines des Saints
Archanges et y avons rencontré l'higoumène père
German ainsi que le père Miron. Ils vont bien, mais nous
ont dit que deux autres églises ont été détruites
dans le secteur de Sredska... Il faudrait savoir de quelles églises
il s'agit.
A Štrpce, nous sommes arrivés à la tombée
de la nuit et avons rencontré, à l’église
Saint Nicolas, les prêtres locaux et les membres de la cellule
de crise. Ils nous ont raconté que, malheureusement, dans
le village de Drajkovce, des Albanais ont tué, le 17 mars
2004 dans la soirée, le vieux Borko et son fils Dobri Stolic,
et cela dans la maison où ils s’étaient établis
après s’être réfugiés en venant
d’Uroševac. Les Serbes ont organisé maintenant
des tours de garde dans toutes les localités où
ils habitent.
Ce qui est particulièrement préoccupant, en dépit
des déclarations selon lesquelles la KFOR assurera la sécurité
de toutes les voies de communication, est le fait que circulent
sur ces routes des groupes puissamment armés de membres
de l’UCK et d’autres bandes albanaises. Le problème
est que sur certaines routes ne patrouillent que des membres de
la police du Kosovo qui ont été, comme on sait,
recrutés au sein de l’ex-UCK. De manière générale,
la sécurité de circulation des Serbes sur les routes,
tout comme dans les enclaves serbes, n’a pas été
améliorée, en dépit de toutes les déclarations
et des engagements de la « Communauté internationale ».
Il est caractéristique que les membres de la police de
la MINUK, dès qu’ils pénètrent dans
les enclaves serbes, respirent sensiblement mieux, ce qui se remarque
sur leurs visages, comme ils le reconnaissent d’ailleurs
eux-mêmes.
DANS LE MONASTERE DE DEVIC
Le saint et maintes fois martyr monastère de Devic a été
pillé et incendié par les terroristes albanais au
cours de ces journées de terreur générale
subies par les Serbes et leurs Sanctuaires, du mercredi 17 mars
2004 dans l’après-midi jusqu’au dimanche 21
mars 2004, date à laquelle nous nous sommes rendus dans
ce monastère (entre 17h30 et 18h15). Les informations concernant
le monastère de Devic avaient été contradictoires,
et il en a été ainsi jusqu’à notre
visite, car le contingent français de la KFOR dissimulait
sciemment la situation réelle et ne voulait à aucun
prix permettre que nous nous y rendions, avec l’higoumène
du monastère, mère Anastasia.
L’higoumène du monastère de Devic avait quitté
le monastère, le 14 mars 2004, en compagnie de sœur
Ephimie et sous escorte militaire française, pour se rendre
à Kosovska Mitrovica pour une affaire concernant le monastère.
Les 6 autres sœurs se trouvaient donc au monastère,
lors du déclenchement, le 17 mars dans l’après-midi,
des attaques terroristes des Albanais contre les Serbes et leurs
Sanctuaires sur l’ensemble du territoire du Kosovo et de
la Métochie. L’higoumène Anastasia pria aussitôt
les militaires français de la ramener au monastère,
mais ceux-ci refusèrent, en dépit de toutes ses
supplications et protestations, en prétextant notamment
qu’une grande insécurité régnait sur
la route qui y menait.
Le jeudi 18 mars, vers midi, les soldats français qui
gardaient le monastère (quelques-uns y résidaient
en permanence, logés dans un bâtiment annexe au-dessus
du garage, alors que 30 soldats se trouvaient dans un camp situé
sur le domaine du monastère, à un kilomètre
au-dessus de celui-ci), pénétrèrent brusquement
dans la cour du monastère et commencèrent à
prendre littéralement par la main les religieuses et à
les pousser à l’intérieur de deux grands camions
(dont l’un stationnait déjà depuis un certain
temps dans le monastère alors que l’autre avait été
amené une dizaine de jours auparavant), ne leur laissant
pas le temps de prendre leurs habits ou des objets religieux,
ou même le strict nécessaire. La sœur Andja,
qui était souffrante, se trouvait dans sa cellule et ne
fut pas amenée par les soldats français (il semble
qu’elle a été retirée du monastère
par des policiers albanais de la police du Kosovo, puis remise
à la MINUK, avant de se retrouver à l’hôpital
de Mitrovica ; mais elle-même a été incapable
de préciser ultérieurement à son higoumène
qui l’avait fait sortir du monastère). Après
avoir embarqué les religieuses dans les camions, les soldats
français quittèrent aussitôt le monastère,
en direction de Kosovska Mitrovica. Sur le chemin du village de
Lauša, les moniales remarquèrent une multitude d’Albanais
qui vociféraient et tiraient des coups de feu en l’air,
avec l’intention évidente de se rendre au monastère
et de le détruire. On entendit quelques tirs du côté
des soldats français. Le groupe de terroristes albanais
poursuivit son chemin vers le monastère afin de le piller
et de l’incendier, ce qui arriva effectivement peu après.
Cependant, en visitant le monastère, le dimanche dans
l’après-midi, nous avons eu l’impression que
le pillage et l’incendie du monastère se sont prolongés
pendant plusieurs jours, car nous avons remarqué deux feux
encore en activité au monastère (l’un situé
dans le paraclet même de Saint Joanikije, à côté
de son tombeau, qui avait été éventré
et dont toutes les plaques avaient été brisées,
alors que l’autre se trouvait essentiellement dans la principale
hôtellerie (konak), à l’étage au-dessous
de la coupole de la chapelle du monastère). La fumée
s’élevait encore dans d’autres endroits situés
dans divers bâtiments, notamment dans l’écurie
et dans le garage.
La prolongation du pillage et de l’incendie du monastère
de Devic a probablement été la raison pour laquelle
les Français n’ont pas voulu nous autoriser à
nous rendre au monastère avec l’higoumène
Anastasia ni nous accorder une escorte.
A l’inverse, l’aumônier militaire français
Christophe Kowalczyk (d’origine polonaise), peut-être
dans l’intention louable de ne pas déranger les moniales,
nous avait induit en erreur en nous persuadant que tout était
en ordre dans le monastère de Devic et que celui-ci n’avait
pas été détruit. Il faut reconnaître
toutefois que lorsque, le vendredi 19 mars 2004 vers 15h, il fut
envoyé par le commandement français au monastère
de Sokolica, situé au-dessus de Mitrovica, afin de procéder
immédiatement au déménagement des moniales
de ce monastère (car on craignait une nouvelle vague de
terreur albanaise ce soir-là) et que ces religieuses eurent
été, volens nolens, transférées dans
le camp français de Kosovska Mitrovica, cet aumônier
a répondu à nos demandes en contribuant à
ce que le général français (responsable militaire
du secteur) ordonne que les moniales soient immédiatement
ramenées du camp de Mitrovica à leur monastère
de Sokolica, en compagnie des religieuses de Devic – afin
d’y être sous la protection de la KFOR. Peut-être
était-il pénible de voir une dizaine de prêtres
(orthodoxes serbes) ainsi qu’une dizaine de religieuses
placés dans une cantine militaire, où les soldats
venaient se reposer et se rafraîchir. Ou, plus probablement,
cet aumônier français et ses officiers avaient-ils
pris en considération le vif mécontentement exprimé
par l’évêque Artemije et nous-mêmes à
propos du déménagement des moniales, même
du monastère de Sokolica, car ceci ne faisait qu’accroître
la possibilité que ce monastère soit attaqué
et incendié par les Albanais, comme cela avait été
le cas pour le monastère des Saints Archanges près
de Prizren et pour celui de Devic, ces monastères que ni
les Allemands ni les Français de la KFOR n’ont essayé
de défendre ; l’évacuation de leurs communautés
monastiques avait pratiquement ouvert et montré la voie
qui a conduit aux destructions de ces monastères.
A notre arrivée au monastère incendié de
Devic, le dimanche 21 mars dans l’après-midi, en
compagnie d’une jeep de la police américaine de la
MINUK (que suivait une autre jeep avec des hommes en armes), nous
avons rencontré, devant le monastère, deux tracteurs
conduits par des Albanais, avec des remorques remplies de bois
coupé dans la forêt autour du monastère. Peu
après, dans la forêt située au-dessus et au-dessous
du monastère, nous avons vu d’autres tracteurs en
train de s’emparer du bois domanial de Devic. Sur la route
menant au monastère, nous avons également remarqué
une autre jeep, aux vitres teintées, qui se dirigeait devant
nous en direction du monastère. Il s’est avéré
ensuite qu’il s’agissait d’officiels albanais
qui, après avoir déclaré à notre escorte
policière qu’ils venaient de la part du « Président
du Kosovo », avaient néanmoins fini par obtempérer
et se ranger sur le côté pour nous laisser passer.
Pendant toute la durée de notre séjour d’une
demi-heure au monastère, ils n’ont cessé de
nous observer (à partir d’un promontoire au-dessus
du monastère), avant de se retrouver à la porte
d’entrée de Devic au moment de notre départ.
Nous citons cet épisode car les autorités albanaises
de Priština auraient l’intention, par l’intermédaire
de leur « Ministère de la culture »,
de procéder à une inspection de nos églises
et monastères (à l’instar de ce que les Croates
avaient fait dans la Krajina), et d’établir ensuite
un rapport mensonger à ce sujet. Bien entendu, l’évêque
Artemije a énergiquement refusé et même interdit
une telle approche, déclarant qu’il la considérerait
comme une nouvelle agression contre l’Eglise serbe. Et ceci
d’autant plus qu’aucun de ces responsables officiels
(qu’il s’agisse des autorités du Kosovo, de
la communauté internationale, de la KFOR ou de la MINUK)
n’est prêt à assurer à l’évêque
Artemije où à nous-mêmes l’escorte nécessaire
pour se rendre à Prizren, où s’est produite
la plus grande catastrophe concernant nos Sanctuaires. Il s’agit,
en fait, d’un jeu rusé et d’une histoire mensongère,
consistant à affirmer que « la situation au
Kosovo est meilleure », tout en refusant d’accorder
une escorte militaire « car la sécurité
n’est pas assurée ».
Devant le portail du monastère de Devic, qui a été
enfoncé, nous avons surpris deux voitures particulières
albanaises (nous avons photographié leurs plaques d’immatriculation),
dont l’une s’est volatilisée aussitôt
alors que l’autre était encore là lors de
notre départ. Tout autour du monastère ainsi que
dans la cour, se trouvaient plusieurs Albanais, qui étaient
évidemment des pillards et qui avaient commencé
leur travail au cours des journées précédentes.
Cette information nous a été transmise la veille
(le samedi 20 mars), par deux journalistes, qui avaient essayé
de visiter Devic, mais n’avaient pas osé le faire
en raison de la foule d’Albanais stationnant devant le monastère.
Ces journalistes avaient alors constaté qu’une fumée
s’élevait de l’économat du monastère,
où résidaient auparavant des militaires français
de la KFOR. Nous ne nous sommes pas rendus dans ces locaux, mais
on voyait clairement de l’extérieur qu’ils
avaient à nouveau été endommagés,
comme ils l’avaient été en 1999, avant d’être
restaurés par la suite.
Nous avons photographié ces Albanais, alors que la police
s’efforçait de les éloigner. On ne sait au
juste ce qui restait à dérober à Devic, puisque
tout avait déjà été pillé et
complètement incendié… Le Sanctuaire martyr
de Devic a souffert pendant des siècles de tels pillards,
sous le règne des Turcs, des Allemands, des balistes, des
communistes, et maintenant des Euro-américains !
Dès notre entrée dans la première cour du
monastère de Devic, nous avons immédiatement compris
que tout y avait été brûlé. La dévastation
qui y régnait pouvait faire croire que les Serbes vivant
au Kosovo et en Métochie avaient connu l’équivalent
d’un 11 septembre à New York. Telles étaient
les conséquences du terrorisme, du vandalisme, du pogrom
et des incendies provoqués dans ce Sanctuaire orthodoxe
serbe du XVème siècles maintes fois martyr, où
s’est déroulée l’existence du grand
ascète devant Dieu que fut Saint Joanikije, le joyau de
Devic. Après avoir enduré de nombreuses épreuves
au cours de l’occupation turque, puis lors des guerres menées
pour la libération des Serbes et du Kosovo, ce monastère
a particulièrement souffert en 1941, quand il a été
incendié et que tout a été détruit,
à l’exception du paraclet de Saint Joanikije (une
photographie conservée au monastère témoignait
de cette destruction) et quand fut assassiné l'higoumène
de Devic, l'hiéromoine Damaskin Boškovic (dont les
Serbes connaissaient précisément l'assassin albanais
ainsi que les circonstances de ce crime).
Il nous faut maintenant énumérer les konaks (hôtelleries)
qui ont été brûlés, avant d'évoquer
les dommages infligés par le feu à l'église
de la Dormition de la Mère de Dieu et au paraclet de Saint
Joanikije. Ont été incendiés tous les konaks
du monastère ainsi que les bâtiments annexes, soit
:
1) Le grand konak réservé aux visiteurs, de deux
étages, situé du côté sud (dans le
sens est-ouest) dans la cour du monastère, où se
trouvait la chapelle d'hiver du monastère. La chambre de
l'évêque et celles des visiteurs, et en-dessous la
cuisine du monastère et le réfectoire des moniales.
Le toit et les plafonds ont été entièrement
détruits ; ne subsistent que des murs noircis et une petite
coupole au-dessus de la chapelle, le tout plein de suie. Au-dessous
de ce konak, couvait un feu allumé par les Albanais, et
à l'évidence réactivé, tout comme
dans le paraclet de Saint Joanikije.
2) A été totalement incendié le konak des
moniales, à deux étages, qui sépare la cour
du parvis de l'église (il se trouve à l'ouest de
l'église, dans le sens nord-sud), et qui est relié
au konak des visiteurs et à la chapelle, car c'est sous
son aile droite qu'on passe de la cour à l'église.
3) A été brûlé également le
konak du rez-de-chaussée, dénommé la salle
populaire, situé sur le plateau nord au-dessus du niveau
de la cour inférieure.
4) Le konak annexe au-dessus du garage, qui se rattache aux bâtiments
du magasin (hangar) et de l'écurie, tous deux incendiés,
bien qu'il semble que l'écurie soit moins endommagée,
probablement parce qu'il fallait en faire sortir le bétail,
alors que le magasin a été vidé de la nourriture,
des provisions, des outillages et de tout ce que l'higoumène
et les soeurs avaient amassé (en tenant compte du fait
que le monastère avait déjà été
complètement pillé en juin 1999, lorsque les religieuses
et le père Serafim avaient été maltraitées
et que la tombe de Saint Joanikije avait été profané).
5) Le vieil ambar (hangar) datant de 1863, situé au sud-est
de l’église (au-dessous du cimetière du monastère,
lui-même complètement dévasté), ainsi
que la boulangerie ainsi que le local pour faire sécher
les fruits.
6) Devant l’église, on a dérobé la
vieille margelle du puits, qui est ainsi totalement ouvert (on
ignore si quelque chose a été jeté dans le
puits).
7) L’église de la Dormition de la Très Sainte
Mère de Dieu, et à ses côtés, le paraclet
de Saint Joanikije ont été incendiés de l’intérieur.
Le feu a été entretenu, car nous avons vu deux flammes
distinctes à côté de la tombe du Saint, ce
qui signifie qu’on a ajouté du combustible, car il
n’y avait assez de réserves dans l’église
pour permettre au feu de se prolonger jusqu’à dimanche
après-midi.
Toute l’iconostase de l’église a brûlé
(avec les nouvelles icônes faites par les moniales du monastère
de Celije (près de Valjevo) .N’a subsisté,sur
le sol, que l’icône de Saint Stéphane le Premier
martyr, sur laquelle plusieurs trous témoignent des tirs
dont elle a été la cible. Ont également brûlé
le trône épiscopal, le chœur, l’icône
centrale et une icône sur le mur. C’est avec brutalité
qu’on a brisé la grosse colonne blanche au-dessous
du Saint Trône, tournée vers l’abside de l’autel
(elle n’a pas été entièrement fracassée,
sans doute en raison de son poids et du fait qu’elle est
en béton armé). On n’a retrouvé que
quelques morceaux des objets religieux pendant les services liturgiques.
Devant l’autel et le siège épiscopal, on a
creusé avec des pioches dans le sol en béton, mais
les trous ne sont pas importants (probablement les Albanais cherchaient-ils
de l’or, comme des vandales l’ont fait dans les églises
serbes détruites en Herzégovine). A l’intérieur
de l’église, du monastère de Devic, tout est
resté carbonisé : les tables et les chaises,
les étalages avec les cierges et tout ce qui se trouvait
là. Nous n’avons pu tout voir à cause de l’obscurité,
alors que la police ne cessait de nous mettre en garde contre
les explosifs éventuellement en place !,
8) A l’intérieur du paraclet de Saint Joanikije,
il apparaît clairement qu’un incendie a été
allumé et que la tombe a été profanée
par le haut ; la plaque qui la recouvre a été
cassée en plusieurs morceaux, dont certains se sont retrouvés
dans la tombe elle-même. Nous avons pu constater que le
fond du tombeau n’a pas été creusé.
Les deux foyers d’incendie observés à côté
du tombeau, éloignés d’un demi-mètre
l’un de l’autre, ont dû être activés
à plusieurs reprises, afin de maintenir la flamme ;
sur la plaque recouvrant la tombe du Saint, nous avons retrouvé
une vertèbre provenant des Saintes Reliques, qui était
noircie et encore chaude. Les murs du paraclet sont complètement
noirs, de sorte qu’il a été impossible de
voir, dans l’obscurité, si les fresques ont été
détruites.
Nous avons emporté quelques livres carbonisés ainsi
que plusieurs objets liturgiques. La police ne cessait de nous
presser pour repartir.
9) Nous avons déjà indiqué que toutes les
tombes dans le cimetière à l’Est de l’autel,
ont été totalement détruites ; les monuments
ont été brisés en mille morceaux, mais les
tombes n’ont pas été fouillées. Ultérieurement,
des aumôniers militaires français nous ont apporté,
dans une boite en carton, plusieurs fragments de crânes
et des ossements, retrouvés, semble-t-il, dans l’une
des tombes situées dans l’église même,
mais nous ignorons où se trouvaient ces tombes et n’avons
pu voir, dans l’obscurité, si des fouilles ont eu
lieu dans l’église ou aux alentours. Les ossements
retrouvés sont propres, de couleur jaune-blanche, ils n’ont
pas été brûlés et n’ont pas été
souillés par de la terre, de la poussière ou par
autre chose.
Partout sur les murs pleins de suie de l’église
et autour, on trouve des inscriptions et des symboles albanais ;
les plus visibles s’étalent sur le mur du konak réservé
aux visiteurs, glorifiant l’UCK et d’autres groupes
albanais.
Résumons enfin notre impression : le contingent français
de la KFOR n’a absolument pas cherché à protéger
ou à défendre le monastère de Devic. La même
impression vaut pour les Saints Archanges près de Prizren
ainsi que pour d’autres églises et monastères
serbes qui ont été évacués à
toute vitesse et par la force, avant que des Albanais interviennent
ensuite en toute impunité et y allument des incendies afin
de les détruire.
Il faut aussi mentionner la manipulation médiatique qui
a duré plusieurs jours, consistant à affirmer que
Devic n’avait pas été incendié ni détruit ;
les medias albanais ont répété cette intoxication
à plusieurs reprises et leurs homologues belgradois y ont
cru.
Dimanche soir, le 21 mars 2004
Kosovska Mitrovica
Evêque Athanase
Et l’Higoumène Mihaïlo de Sopocani
TEMOIGNAGES DE MOINES
Mars 2004
Parus dans «Pravoslavlje» du 1er avril 2004
Hiéromoine GERMAN, higoumène du monastère
des Saints Archanges près de Prizren
«Notre monastère a été incendié
le mercredi 17 mars 2004, peu après 21 heures. Je me trouvais
alors à Kosovska Mitrovica, en contact téléphonique
permanent avec mes frères du monastère. Nous ne
nous attendions pas à une telle catastrophe, car les Allemands
(de la KFOR) avaient même renforcé la sécurité
autour du monastère. Tout était normal, habituel.
Mon dernier appel téléphonique eut lieu dix minutes
avant l'incendie. Cinq minutes avant l'attaque, un de nos amis
téléphona à notre communauté, mais
cet entretien fut interrompu par les soldats allemands qui venaient
de pénétrer dans le konak et commençaient
à crier. Quelques minutes plus tard, j'appelai le monastère,
mais c'est un Albanais qui me répondit. Par la suite, il
n'y eut plus aucune réponse...
Les membres de notre communauté m'ont expliqué
ultérieurement que tout avait été accompli
en quelques minutes, rapidement et sans explication ! Les Allemands
avaient donc pénétré dans le konak, puis
avaient fait sortir du bâtiment nos cinq moines, un novice
et deux de nos hôtes, avant de les conduire à leur
base de Sredska. Ils s'y trouvent encore. Nous examinons maintenant
la façon de nous rassembler à nouveau.
Ce n'est qu'au bout de cinq jours que j'ai réussi à
parvenir jusqu'à Štrpce, où la situation est
aujourd'hui relativement stable. Mais cette localité est
soumise à un blocus, et la situation humanitaire et psychologique
des habitants y est très mauvaise. On réalise maintenant
que la KFOR n'a pas voulu aider les Serbes, alors que la protection
de toute cette zone n'a pas pu être réalisée
facilement...
Dans notre monastère, tout est maintenant en cendres.
On ne me permet toujours pas de m'y rendre, mais je sais qu'il
ne reste plus rien des objets liturgiques. Ne subsistent qu'une
partie des murs du konak et les fondations de la vieille laure
impériale. Les Albanais ont essayé, mais, Dieu merci,
sans succès, de briser la plaque située sur la tombe
de notre fondateur – l'empereur Dušan. Nous reviendrons
au monastère, de n'importe quelle manière, même
s'il nous fallait vivre sous des tentes».
Hiéromoine Bénédikt, monastère des
Saints Archanges près de Prizren
«Les cinq moines de notre communauté, un novice
et nos deux hôtes ont été «évacués»
par des soldats allemands de la KFOR, au premier soir du pogrom,
à leur base de Sredska. Nous y avons été
amenés sans explications. Aussitôt après notre
départ, des Albanais pénétraient dans le
konak, et l'incendiaient. Tout était arrivé très
soudainement, rien n'annonçait ce qui allait se passer.
Cette base allemande est, en fait, une vieille école serbe.
Nous y disposons d'une chapelle, et les services liturgiques sont
réguliers. Pour le moment, les Allemands nous protègent
correctement. Ils ont reçu l'ordre de nous défendre
à tout prix.
Nous sommes, avec l'aide de Dieu, avant tout décidés
à revenir dans notre monastère. Même si nous
devions vivre dans des installations de fortune préfabriquées
–«nous voulons
revenir».
TEMOIGNAGE D'UN PRÊTRE DE PAROISSE
Témoignage du père Dragan Jerinic de Kosovo Polje
Publié dans « Knjievne Novine »
(Belgrade) du 25 mars 2004
Le 17 mars 2004, quand ont commencé les actes de vandalisme
de la meute albanaise, la première attaque se produisit
vers 15h sur la route principale Priština-Pec, dans la direction
de Pec. Environ 3000 jeunes extrêmistes albanais traversèrent
Bresje et s'arrêtèrent devant un établissement
hospitalier («maison de santé»). Ils y avaient
été précédés par des membres
du Service de Police du Kosovo. A leur arrivée, à
la suite d'un signal donné par un policier kosovar dénommé
Issa (originaire de Gornje Dobrevo) les extrêmistes albanais
commencèrent à lancer des pierres contre l'établissement
de santé. Au moment de cette attaque, cet établissement
abritait une quarantaine d'employés serbes et une vingtaine
de malades hospitalisés. Le personnel de l'hôpital
et les malades ne réussirent qu'avec beaucoup de peine
à sauver leurs vies. L'hôpital fut incendié,
en présence de membres de la MINUK et de la KFOR, qui se
trouvaient éloignés de 20 à 30 mètres.
Après 5 à 10 minutes, une équipe de pompiers
se présenta sur les lieux, qui, selon les témoignages
des employés de l'hôpital ainsi que d'autres personnes
présentes sur les lieux, attendit quelque peu, toute prête,
pour éteindre l'incendie qui menaçait d'embraser
les immeubles voisins peuplés d'Albanais. Une seconde citerne
qui apparut alors, était pleine de carburant. Lorsque le
feu diminuait en intensité, ce carburant fut utilisé
pour réactiver le feu qui avait embrasé l'hôpital.
Après avoir incendié cet établissement hospitalier,
les terroristes albanais continuèrent à brûler
les maisons serbes des environs, ainsi qu'un établissement
commercial appartenant à un Serbe. Puis ils se dirigèrent
vers le centre scolaire «Sveti Sava», lui aussi incendié.
Ensuite, ils brûlèrent toutes les maisons serbes
qui subsistaient autour de l'école. Enfin, ils partirent
vers la poste de Kosovo Polje, à laquelle ils mirent également
le feu ; ainsi toutes les institutions serbes situées dans
ce secteur furent incendiées.
Les incendies et les actes de vandalisme des extrêmistes
albanais se poursuivirent jusqu'au matin, à Kosovo Polje
comme à Bresje. Partout où le patrimoine serbe avait
été incendié et détruit, la police
de Kosovo se trouvait naturellement présente.
Au cours de la période allant du mercredi 17 mars à
15h jusqu'au matin du jour suivant, les extrêmistes albanais,
qui étaient à la tête d'une meute désordonnée,
ont incendié une vingtaine de maisons à Kosovo Polje
ainsi que seize maisons à Bresje. Le jeudi 18 mars, dans
la journée, deux autres maisons furent brûlées,
puis une vingtaine d'autres dans la nuit suivante. Vers 10h30
de ce même jour, l'église orthodoxe serbe Saint Nicolas
à Kosovo Polje, construite en 1939, fut brûlée.
La maison paroissiale de Kosovo Polje fut épargnée
car elle se trouve à proximité d'une maison albanaise.
Nous savons aussi qu'au cours de ces évènements,
au moins un Serbe, dénommé Zlatibor Trajkovic fut
tué, dont le cadavre a été, selon l’information
transmise à sa famille, transporté à Orahovac
aux fins d’autopsie. Un autre Serbe, nommé Trifun
Stojilovic, fut arrêté par les Albanais alors qu’il
rentrait chez lui, avant d’être lardé de coups
de couteau et violemment battu ; croyant qu’il était
mort, ses agresseurs le laissèrent gisant sur la route.
De son côté, Predrag Jovanovic (originaire de Kosovo
Polje) fut également roué de coups.
Le sort d’un autre Serbe dénommé Mirko Lopata,
porté disparu, reste inconnu.
On a incendié les maisons de tous les hommes connus pour
leur engagement dans le combat pour continuer à vivre et
subsister à Kosovo Polje.
Lors de ce nettoyage ethnique survenu à Kosovo Polje,
on a pu constater une tactique très claire. Au début
des opérations, les membres de la Police de Kosovo poussaient
les Serbes à s’enfuir, puis, immédiatement
à leur suite, surgissaient des masses d’Albanais
qui pillaient les maisons serbes avant d’y mettre le feu.
Tout cela reflétait une action bien rôdée
et coordonnée.
A Gracanica, le 21 mars 2004
Père Dragan Jerinic, prêtre de paroisse à
Kosovo Polje
LISTE COMPLEMENTAIRE LA PLUS RECENTE
DES SANCTUAIRES ORTHODOXES SERBES
DU KOSOVO ET DE METOCHIE
DETRUITS ENTRE LE 17 ET LE 19 MARS 2004
(« Pravoslavlje » du 1er avril 2004)
PRIZREN
1. Mère de Dieu de Ljeviša (XIV ème siècle)
2. Eglise du Saint Sauveur (XIV ème siècle)
3. Eglise-cathédrale du Saint Grand Martyr Georges (1856)
4. Eglise Saint Nicolas -des Tutic (XIVème siècle)
5. Eglise Saint Georges des Runovic (XVI ème siècle)
6. Eglise Sainte Kyriaké (XIV ème siècle,
restaurée)
7. Eglise Saint Pantéléïmon (XIV ème
siècle, restaurée)
8. Eglise des Saints Côme et Damien (XIV ème siècle,
restaurée)
9. Eglise Sainte Kyriaké à ivinjane
10. Monastère des Saints Archanges (XIV ème siècle)
* Bâtiment du Séminaire orthodoxe des Saints Cyrille
et Méthode
* Résidence épiscopale
ORAHOVAC
11. Eglise Sainte Kyriaké (1852) à Brnjaca, Orahovac.
DJAKOVICA
12. Eglise de la Dormition de la Très Sainte Mère
de Dieu (XVI ème siècle) avec la maison paroissiale.
Eglise-cathédrale de la Sainte Trinité (clochers
détruits, qui n’avaient pas souffert lors de la pose
des mines en 1999 ; toutes les ruines de l’église
ont été dispersées)
13. Eglise du Saint prince Lazare, Piskote.
SRBICA
14. Monastère Devic (XVème siècle)
PEC
15. Eglise Saint Jean Baptiste Précurseur (Métropolie,
avec la maison paroissiale)
16. Eglise de la Présentation de la Très Sainte
Mère de Dieu, à Belo Polje (à nouveau incendiée)
17. Eglise du Saint Jean Précurseur et Baptiste (Pecka
banja)
UROŠEVAC
18. Eglise du Saint empereur Uroš, à Uroševac.
19. …
20. …
(au moins deux églises, qui étaient gardées
par des soldats grecs de la KFOR, ont été abandonnées,
ce qui permet de supposer qu’elles ont été
détruites)
KOSOVSKA KAMENICA
21. Eglise située à Donja Slapašnica.
22. Eglise située à Talinovac.
ŠTIMLJE
23. Eglise du Saint Archange Michel
PRIŠTINA
24. Eglise Saint Nicolas (XIX ème siècle)
KOSOVO POLJE
25. Eglise Saint Nicolas, incendiée.
26. Eglise Sainte Catherine, à Bresje près de Kosovo
Polje, incendiée.
VUCITRN
27. Eglise Saint Elie
OBILIC
28. Nouvelle église d’Obilic
KOSOVSKA MITROVICA
29. Eglise Saint Sava
PODUJEVO
30. Eglise construite en 1930.
SERBES TUES AU KOSOVO ET EN METOCHIE
en mars 2004
(source : Centre de coordination pour le Kosovo et la Métochie)
1. Spasojevic Borivoje (63 ans) à Kosovska Mitrovica
2. Tucev Jana (36 ans) à Kosovska Mitrovica
3. Vesic Nenad (53 ans) à Lipljan
4. Stolic Dobrivoje (49 ans) à Drajkovac (Štrpce)
5. Stolic Borko (20 ans), fils du précédent, à
Drajkovac (Štrpce)
6. Peric Boban (52 ans) à Gnjilane
7. Trajkovic Zlatibor (62 ans) à Kosovo Polje. Son corps
a été brûlé.
8. Nedeljkovic Dragan (61 ans) tué au Séminaire
orthodoxe de Prizren.
LA MERE DE DIEU DE LJEVIŠA
(*)
L'église-cathédrale de Prizren, dédiée
à la Dormition de la Très Sainte Mère de
Dieu, connue comme la Mère de Dieu de Ljeviša, a été
reconstruite entièrement par le roi Stéphane Uroš
Milutin, en 1306/1307, sur les fondations d'une ancienne église
chrétienne. Une inscription en briques en porte témoignage
sur le mur extérieur de l'abside centrale : «Moi,
Stéphane Uroš, roi croyant en Dieu des terres serbes
et du littoral, arrière-petit-fils de saint Siméon
Nemanja et gendre de l'empereur grec Andronic Paléologue,
j'ai restauré l'église de la Sainte Mère
de Dieu de Ljeviša à partir de ces fondations, et
moi, Damien, humble évêque de Prizren, j'y ai contribué
(été 1307)».
L'église de la Mère de Dieu de Ljeviša est
une œuvre architecturale exceptionnelle. Elle possède
deux séries de fresques : la première remonte
au début du XIII ème siècle (dont il ne reste
que deux fresques), alors que la seconde date de la période
1307-1313. Certaines de ses fresques se rangent parmi les meilleures
œuvres de la peinture de fresques : les thèmes
picturaux y sont développés d’une manière
neuve et originale. L’un des exemples de cette tendance
se trouve à l’exo-narthex où sont représentées
les visions des prophètes de l’Ancien Testament,
où la Mère de Dieu apparaît telle que la voyaient
et l’annonçaient des prophètes comme Moïse,
Salomon ou Daniel. Le rôle de la Mère de Dieu dans
l’Incarnation du Logos est exprimé dans un style
pictural dense. Toute l’église de la Mère
de Dieu de Ljeviša est remplie de scènes d’une
beauté impossible à reproduire.
Après le Grand Exode des Serbes (1690) et en tout cas
après 1737, cette merveilleuse église fut transformée
en mosquée. Les murs furent alors recouverts de crépi
et toute la beauté de la foi et de la sagesse exprimée
avec des moyens artistiques fut enfouie sous les couches de plâtre.
Un minaret fut construit et l’ancienne église, devenue
mosquée, fut surnommée Atik (l’ancienne) par
les Turcs. Des réaménagements intérieurs
furent réalisés et de nouveaux locaux furent construits
à cet effet. Après la libération de Prizren
en 1912, la Mère de Dieu fut rendue à sa destination
fondamentale, redevenant une église chrétienne.
Le minaret fut enlevé en 1923 et les cloches furent remises
en place. En enlevant les couches de crépi sur les fresques,
les restaurateurs découvrirent une inscription en arabe,
qui avait été gravée au-dessous de la fresque
de la Mère de Dieu, avec les mots suivants : « Mes
pupilles conserveront l’éclat de ta beauté ».
Le Turc chargé de recouvrir les fresques avec du plâtre,
s’était insurgé contre un tel vandalisme et
avait laissé un message, tout en étant persuadé
qu’il resterait éternellement caché…
Les Turcs recouvrirent les fresques, mais ne détruisirent
pas l’église, car ils appréciaient l’harmonie
et la beauté des vieilles constructions. Aujourd’hui,
il semble qu’il n’existe plus personne à Prizren,
cette vieille « cité des empereurs »,
qui ait des yeux pour voir la beauté et un cœur pour
reconnaître le sublime.
Aujourd’hui, la très belle église de la Mère
de Dieu de Ljeviša, admirée par ses adversaires pendant
des siècles, a été incendiée par les
Albanais.
(*) «Pravoslavlje» du 1er avril 2004.
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