SUPPLEMENT AU MEMORANDUM
SUR LE KOSOVO ET LA METOCHI
E

TEMOIGNAGES
SUR LES EVENEMENTS DE MARS 2004

RAPPORT ETABLI A LIPLJAN
(17-20 Mars 2004)

par Mgr. Athanase (Jevtic), ancien évêque d’Herzégovine
l’higoumène Mihaïlo du monastère de Sopocani et le moine Nektarije
(publié dans « Književne Novosti » du 25/03/2004)

Le mercredi 17 mars 2004 en fin d’après-midi, les terroristes albanais attaquèrent les Serbes dans la localité de Lipljan, dans le secteur situé à droite (au sud) de la route principale qui mène de Priština à Prizren, en traversant Lipljan. Des bombes furent lancées et des coups de feu tirés sur les Serbes, blessant grièvement Nenad Vesic (54 ans) qui devait succomber à ses blessures ainsi que d’autres habitants serbes. Puis, les agresseurs se divisèrent en trois groupes, chacun composé de sept cents personnes environ, soit deux milliers d’Albanais au total, qui se dirigèrent vers la partie Nord de Lipljan, peuplée de 800 à 1000 Serbes, vivant principalement autour de deux églises : la vieille église de la Très Sainte Mère de Dieu et la nouvelle église dédiée aux Saints et Grand Martyrs Flore et Laure.

Le résultat de ce pogrom terroriste, qui s’est poursuivi le jeudi 18 mars 2004, est le suivant : vingt-huit (28) maisons serbes incendiées, c’est-à-dire de demeures familiales (ce qui signifie qu’on a brûlé un tel nombre de maisons et un nombre encore plus important de bâtiments annexes situées dans les cours adjacentes). On y trouvait notamment la maison d’un peintre et les restes des peintures incendiées. Outre Nenad Vesic, une dizaine d’autres personnes ont été blessées, parmi lesquelles le prêtre de la paroisse de Lipljan, Randjel Denic. La population serbe a été expulsée, non seulement des 28 foyers considérés ci-dessus, mais aussi du secteur sud et d’une partie du secteur nord de Lipljan.

Selon le témoignage du prêtre et des habitants serbes qui ont été les victimes directes de ces événements, l’attaque des terroristes albanais a d’abord été marquée par une démarche des membres albanais de la Police du Kosovo, qui ont fait sortir les Serbes de leurs maisons sous le prétexte de les protéger de l’assaut de la foule qui déferlait, en fait pour permettre aux terroristes albanais d’incendier plus aisément et détruire les maisons et les habitations serbes de Lipljan. Répartie en trois groupes, la masse des terroristes utilisait des armes à feu, mais disposait aussi de mines incendiaires, de petites grenades et de raquettes spéciales lancées à partir de fusils de façon à déclencher immédiatement un grand incendie, ainsi que de bombes manuelles et de cocktails Molotov. Dans certaines maisons, quelques Serbes essayaient d’opposer une résistance, mais la police les encerclait immédiatement, les arrêtait, leur attachait les mains et les conduisait au centre de police.

A l’approche des églises, la foule hurlait, jetait des pierres et des bombes sur les maisons serbes placées dans la rue menant à l’une des églises. Quand une bombe manuelle fut tombée à côté d’un homme âgé d’origine serbe, les policiers du Kosovo se précipitèrent, se saisirent de lui et lui attachèrent les mains, car, soi-disant, c’était lui qui avait lancé la bombe ! La même mésaventure survint au prêtre Randjel Denic. Une bombe manuelle tomba à 3-4 mètres de lui dans la cour de l'église, qui explosa en touchant le sol, le blessant de sept à huit éclats (dont deux dans la poitrine, un au front, et les autres sur les mains et aux pieds). Heureusement, ces blessures ne sont pas graves, et ce prêtre, qui avait quasiment perdu conscience, a néanmoins pu rester debout. Auparavant, après avoir entendu qu'une foule allait surgir, il avait fermé le portail principal de l'église ainsi que la porte, avant de se diriger vers la maison paroissiale, située au nord des églises. Les pierres atteignaient les vitres des deux églises, et venaient jusqu'à lui, lorsqu'une bombe manuelle atterrit à ses côtés. Les terroristes venaient d'enfoncer le portail de l'église et d'arriver sur le parvis, sans cesser de lancer des pierres. Mais ils ne parvinrent pas à pénétrer dans l'église et y mettre le feu, car des soldats finlandais et tchèques de la KFOR venaient d'arriver.

Avant l'arrivée de la KFOR, le père Randjel, le visage et les mains ensanglantés par les éclats, était entré dans la maison paroissiale afin de se laver le visage et le front. C'est alors que surgirent plusieurs policiers albanais qui encerclèrent la maison paroissiale et se postèrent sur le sol, le revolver pointé sur la maison, hurlant en serbe :»Eh toi, dans la maison, sors de là !» Lorsque le prêtre apparut sur le seuil, les policiers lui ordonnèrent de s'allonger immédiatement. « Pourquoi ?», demanda le père Randjel. «Parce que tu lances des bombes», lui répondit-on. «Comment serait-ce possible alors que je suis tout ensanglanté par les éclats ?» leur rétorqua le prêtre, qui refusa de se coucher. Ils le forcèrent à lever les mains afin de le fouiller pour voir s'il avait des armes sur lui, puis ils lui passèrent les menottes.

Puis, les policiers albanais envahirent la maison paroissiale et fouillèrent partout pour voir s'il y avait des armes, avant de conduire le père Randjel, menotté, un peu avant 18h, au poste de police. Sur place, on força celui-ci à s'allonger ventre à terre, toujours attaché, et cela alors qu'il souffrait de douleurs dans la poitrine dûes aux éclats reçus et continuait à saigner. Il fut maintenu dans cette position jusqu'à 22h40, c'est-à-dire l'arrivée d'un policier américain qui procéda à sa libération. Les blessures provoquées par les éclats étaient toujours visibles le samedi 20 mars 2004, lorsque nous lui avons rendu visite entre 16 et 17h. D'autres Serbes blessés par des éclats à Lipljan, se trouvent à l'hôpital SIMONIDA de Gracanica et à celui de Laplje Selo.

De nombreux Serbes originaires de Lipljan se sont réfugiés en direction de Laplje Selo et de Gracanica, alors que 130 Serbes (dont 15 enfants et 18 personnes âgées) se sont installés à Suvi Dol (de l'autre côté de la route principale). D'autres Serbes se sont réfugiés dans la partie Nord de Lipljan, où reviennent maintenant certains réfugiés évoqués ci-dessus en provenance de Laplje Selo et de Gracanica. Ils n'ont nul endroit pour s'abriter, ne disposant pas de lits ni de literie, pas plus que de nourriture. Le samedi 20 mars dans l'après-midi, lorsque nous leur avons rendu visite, ils se partageaient leurs derniers restes de pain et de provisions (aujourd'hui, pour la première fois, ils ont pris leur premier repas vers 16h). Ils supplient qu'on leur envoie des secours en lits et en literie, car ils ont l'intention de se rendre dimanche, après la Liturgie, à la Maison de la culture, d'y séjourner et d'y acueillir les réfugiés de retour. On ne sait s'ils réussiront dans ce projet, car cette Maison est depuis longtemps occupée par les Albanais.

C'est donc le samedi 20 mars vers 16-17h que nous nous sommes entretenus à Lipljan avec le père Randjel et les habitants serbes, avant de nous rendre dans la partie incendiée du secteur serbe de Lipljan, où s'élève encore, à certains endroits, la fumée de feux non éteints. Nous avons photographié plus d'une dizaine de maisons incendiées ainsi que d'autres bâtiments serbes, bien qu'il soit toujours risqué de circuler dans la localité de Lipljan, même dans ce secteur incendié, car le danger de «snippers» albanais demeure. C'est le contingent finlandais qui assure, des deux côtés, la protection de l'accès aux églises ; on y remarque également une partie du contingent tchèque de la KFOR. Pour les uns et les autres, les Serbes affirment que, malgré un certain retard, ils ont fourni une aide précieuse. Nous avons aussi rencontré sur la route, près des maisons incendiées, un policier américain, avec qui nous avons eu un bref échange. Un soldat finlandais, arrivé en jeep, s'est approché de nous et s'est comporté correctement. Un autre militaire finlandais, en nous voyant, s'est signé à la manière orthodoxe. Les habitants serbes, dont les maisons ont été brûlées, nous ont montré une maison à deux étages, encore inachevée (avec du foin au rez-de-chaussée et des pièces d'habitation dans les étages), où deux Albanais étaient montés dans les étages afin de piller, alors que d'autres Albanais (ignorants de la présence des deux premiers) mettaient le feu à la maison (avec du foin) où se trouvaient encore les deux Albanais.

Il nous faut répéter le fait évident que la police albanaise, qui a été, sinon l'organisateur, du moins le devancier des actions des terroristes, leur a en tout cas préparé le chemin pour la mise en vigueur du pogrom sur les Serbes et tout ce qui est serbe. Les Serbes, témoins sur place, ont pu voir comment des policiers albanais riaient à proximité des maisons auxquelles les terroristes mettaient le feu. Ajoutons que les terroristes sont très bien armés et équipés de tout le nécessaire pour des actions rapides, ce qui leur permet d'incendier en moins d'une heure ; ils n'utilisent pas les bombes manuelles ou des cocktails Molotov, mais tirent avec leur fusil des raquettes qui provoquent des incendies se propageant vite;

Nous avons composé ce rapport à toute allure, immédiatement après notre retour de Lipljan. reprenant nos propres souvenirs ; en outre, de très nombreux détails nous ont été racontés sur place et c'est pourquoi nous avons demandé au père Randjel Denic d'écrire lui-même son rapport détaillé.

Pendant que nous écrivions ce rapport, nous est parvenue la nouvelle qu'une nouvelle maison serbe de Lipljan a été incendiée, et qu'elle brûle toujours.

Au monastère de Gracanica, le samedi 20 mars 2004 à 19h.


TEMOIGNAGES ETABLIS EN METOCHIE ET A DEVIC
(Mars 2004)

de Mgr. Athanase (Jevtic), ancien évêque d’Herzégovine
et de l’higoumène Mihaïlo du monastère de Sopocani
(publiés dans « Pravoslavlje », organe du Patriarcat serbe, en date du 1/04/2004)

DANS LES VILLES DE METOCHIE

Le lundi 22 mars 2004, avec l’aide de policiers américains de la MINUK, nous avons pu, pendant tout l’après-midi, nous rendre dans nos Sanctuaires, de Pec et Decani, de Prizren et Štrpce.

Au Patriarcat de Pec, où, Dieu merci et grâce au général italien commandant la KFOR, la sécurité a été renforcée, tout est calme. Tout au long de ces journées, l’évêque Joanikije de Budimlje séjourne au Patriarcat, ce qui constitue un encouragement pour les religieuses, courageuses elles-mêmes, de Pec.

Dans la ville de Pec, l’église et la métropolie ont été détruites, mais nous n’avons pas été en mesure de nous rendre sur place et prendre des photographies.

A Belo Polje, près de Pec, l’église est restée telle qu’elle était, mais le centre paroissial a été incendié ainsi que toutes les maisons restaurées des Serbes qui étaient revenus.

A Djakovica, la vieille église paroissiale a été détruite ainsi que les deux maisons appartenant à l’église. Le matériel de construction provenant de la plus ancienne des deux maisons a été dispersé, le mur autour de l’église abattu et des Albanais utilisent déjà une partie de la cour de l’église pour y garer leurs voitures. En passant devant la nouvelle église-cathédrale de la Sainte Trinité de Djakovica, nous avons vu que tout le matériel de construction a disparu et qu’un parc a été aménagé ; il ne reste qu’un peu de petit matériel, quelque part au milieu de l’emplacement. Nous avons pu également observer, en passant, que les églises situées à Piskote et à Bistražin (sur la colline) ont été totalement détruites.

A Prizren, nous nous sommes d’abord rendus à l’église de la Mère de Dieu de Ljeviša et, Dieu merci, nous avons réussi à y pénétrer et à filmer. Le Saint Trône a été détruit et l'église a été incendiée ; il semble possible de sauver encore assez de choses, mais il faudrait rapidement établir un cordon de sécurité important autour de l'église (car des Albanais l'utilisent déjà pour leurs besoins naturels : nous avons vu l'un d'entre eux qui sortait en reboutonnant sa braguette et des traces d'urine étaient visibles dans l'église même !). A l'entrée de l'église, toutes les grilles en fer ont été brisées, tout comme tous les locaux situés du côté nord de l'église ainsi que près de la rue et un peu plus loin dans la cour (où se trouvait le centre paroissial). La plus ancienne fresque de la Mère de Dieu avec le Christ et la corbeille de pains, a été sciée dans son tiers inférieur, de sorte qu'on voit maintenant le mur dénudé ! En circulant dans Prizren, on remarque que toute la Kaljaja a été incendiée et que les fenêtres et le portail de l'église du Christ Sauveur ont été noircis par le feu (mais l'église n'a pas été détruite). On distingue la coupole de l'église de Saint Panteleïmon, située au-dessus du Séminaire orthodoxe, mais on voit aussi que cette église a été incendiée. L'église-cathédrale de Prizren a été incendiée, son toit a été détruit et il ne reste que les hauts murs. Des Albanais emportent ce qui reste dans cette église. On a aussi détruit la résidence de l'évêque, son toit s'est effondré et la porte d'entrée sur la rue est encombrée de gravats. Nous avons entendu dire que les autres églises de Prizren on été également incendiées, mais n'avons pu nous rendre sur place. En regardant le Séminaire orthodoxe des Saints Cyrille et Méthode, nous avons pu observer les terribles conséquences de l'incendie : il ne reste plus que des murs, plus ou moins détruits. Dans l'incendie du Séminaire orthodoxe, le Serbe Dragan Nedeljkovic, âgé de 55 ans, a péri le mercredi 17 mars 2004, alors que dans la cave de l'Ecole, on a découvert le corps carbonisé d'une femme (serbe ?), dont l'identité n'a pas été établie.

Au monastère des Saints Archanges (près de Prizren), nous avons pu voir les terribles effets de l'incendie et de la destruction. Du côté Ouest, en direction du complexe monastique, tout ce qui était en bois a brûlé (le vieux mur du côté de la Bistrica reste entier), le toit est majoritairement en ruines, mais la coupole du paraclet (chapelle) de Saint Nicolas de Žica et d'Ohrid tient debout. A l'intérieur du paraclet, tout a été brisé, dévasté et brûlé ; nous n'avons retrouvé que des morceaux du lustre en laiton et en avons pris des fragments. On a également incendié l'atelier du monastère, à gauche de l'entrée Est dans la cour. Les Allemands ont maintenant triplé le nombre de soldats et de véhicules militaires autour des Saints Archanges, mais quel sens cela a-t-il désormais ?

A Sredska (Prizren), nous avons rendu visite aux moines des Saints Archanges et y avons rencontré l'higoumène père German ainsi que le père Miron. Ils vont bien, mais nous ont dit que deux autres églises ont été détruites dans le secteur de Sredska... Il faudrait savoir de quelles églises il s'agit.

A Štrpce, nous sommes arrivés à la tombée de la nuit et avons rencontré, à l’église Saint Nicolas, les prêtres locaux et les membres de la cellule de crise. Ils nous ont raconté que, malheureusement, dans le village de Drajkovce, des Albanais ont tué, le 17 mars 2004 dans la soirée, le vieux Borko et son fils Dobri Stolic, et cela dans la maison où ils s’étaient établis après s’être réfugiés en venant d’Uroševac. Les Serbes ont organisé maintenant des tours de garde dans toutes les localités où ils habitent.

Ce qui est particulièrement préoccupant, en dépit des déclarations selon lesquelles la KFOR assurera la sécurité de toutes les voies de communication, est le fait que circulent sur ces routes des groupes puissamment armés de membres de l’UCK et d’autres bandes albanaises. Le problème est que sur certaines routes ne patrouillent que des membres de la police du Kosovo qui ont été, comme on sait, recrutés au sein de l’ex-UCK. De manière générale, la sécurité de circulation des Serbes sur les routes, tout comme dans les enclaves serbes, n’a pas été améliorée, en dépit de toutes les déclarations et des engagements de la « Communauté internationale ». Il est caractéristique que les membres de la police de la MINUK, dès qu’ils pénètrent dans les enclaves serbes, respirent sensiblement mieux, ce qui se remarque sur leurs visages, comme ils le reconnaissent d’ailleurs eux-mêmes.

DANS LE MONASTERE DE DEVIC

Le saint et maintes fois martyr monastère de Devic a été pillé et incendié par les terroristes albanais au cours de ces journées de terreur générale subies par les Serbes et leurs Sanctuaires, du mercredi 17 mars 2004 dans l’après-midi jusqu’au dimanche 21 mars 2004, date à laquelle nous nous sommes rendus dans ce monastère (entre 17h30 et 18h15). Les informations concernant le monastère de Devic avaient été contradictoires, et il en a été ainsi jusqu’à notre visite, car le contingent français de la KFOR dissimulait sciemment la situation réelle et ne voulait à aucun prix permettre que nous nous y rendions, avec l’higoumène du monastère, mère Anastasia.

L’higoumène du monastère de Devic avait quitté le monastère, le 14 mars 2004, en compagnie de sœur Ephimie et sous escorte militaire française, pour se rendre à Kosovska Mitrovica pour une affaire concernant le monastère. Les 6 autres sœurs se trouvaient donc au monastère, lors du déclenchement, le 17 mars dans l’après-midi, des attaques terroristes des Albanais contre les Serbes et leurs Sanctuaires sur l’ensemble du territoire du Kosovo et de la Métochie. L’higoumène Anastasia pria aussitôt les militaires français de la ramener au monastère, mais ceux-ci refusèrent, en dépit de toutes ses supplications et protestations, en prétextant notamment qu’une grande insécurité régnait sur la route qui y menait.

Le jeudi 18 mars, vers midi, les soldats français qui gardaient le monastère (quelques-uns y résidaient en permanence, logés dans un bâtiment annexe au-dessus du garage, alors que 30 soldats se trouvaient dans un camp situé sur le domaine du monastère, à un kilomètre au-dessus de celui-ci), pénétrèrent brusquement dans la cour du monastère et commencèrent à prendre littéralement par la main les religieuses et à les pousser à l’intérieur de deux grands camions (dont l’un stationnait déjà depuis un certain temps dans le monastère alors que l’autre avait été amené une dizaine de jours auparavant), ne leur laissant pas le temps de prendre leurs habits ou des objets religieux, ou même le strict nécessaire. La sœur Andja, qui était souffrante, se trouvait dans sa cellule et ne fut pas amenée par les soldats français (il semble qu’elle a été retirée du monastère par des policiers albanais de la police du Kosovo, puis remise à la MINUK, avant de se retrouver à l’hôpital de Mitrovica ; mais elle-même a été incapable de préciser ultérieurement à son higoumène qui l’avait fait sortir du monastère). Après avoir embarqué les religieuses dans les camions, les soldats français quittèrent aussitôt le monastère, en direction de Kosovska Mitrovica. Sur le chemin du village de Lauša, les moniales remarquèrent une multitude d’Albanais qui vociféraient et tiraient des coups de feu en l’air, avec l’intention évidente de se rendre au monastère et de le détruire. On entendit quelques tirs du côté des soldats français. Le groupe de terroristes albanais poursuivit son chemin vers le monastère afin de le piller et de l’incendier, ce qui arriva effectivement peu après.

Cependant, en visitant le monastère, le dimanche dans l’après-midi, nous avons eu l’impression que le pillage et l’incendie du monastère se sont prolongés pendant plusieurs jours, car nous avons remarqué deux feux encore en activité au monastère (l’un situé dans le paraclet même de Saint Joanikije, à côté de son tombeau, qui avait été éventré et dont toutes les plaques avaient été brisées, alors que l’autre se trouvait essentiellement dans la principale hôtellerie (konak), à l’étage au-dessous de la coupole de la chapelle du monastère). La fumée s’élevait encore dans d’autres endroits situés dans divers bâtiments, notamment dans l’écurie et dans le garage.

La prolongation du pillage et de l’incendie du monastère de Devic a probablement été la raison pour laquelle les Français n’ont pas voulu nous autoriser à nous rendre au monastère avec l’higoumène Anastasia ni nous accorder une escorte.

A l’inverse, l’aumônier militaire français Christophe Kowalczyk (d’origine polonaise), peut-être dans l’intention louable de ne pas déranger les moniales, nous avait induit en erreur en nous persuadant que tout était en ordre dans le monastère de Devic et que celui-ci n’avait pas été détruit. Il faut reconnaître toutefois que lorsque, le vendredi 19 mars 2004 vers 15h, il fut envoyé par le commandement français au monastère de Sokolica, situé au-dessus de Mitrovica, afin de procéder immédiatement au déménagement des moniales de ce monastère (car on craignait une nouvelle vague de terreur albanaise ce soir-là) et que ces religieuses eurent été, volens nolens, transférées dans le camp français de Kosovska Mitrovica, cet aumônier a répondu à nos demandes en contribuant à ce que le général français (responsable militaire du secteur) ordonne que les moniales soient immédiatement ramenées du camp de Mitrovica à leur monastère de Sokolica, en compagnie des religieuses de Devic – afin d’y être sous la protection de la KFOR. Peut-être était-il pénible de voir une dizaine de prêtres (orthodoxes serbes) ainsi qu’une dizaine de religieuses placés dans une cantine militaire, où les soldats venaient se reposer et se rafraîchir. Ou, plus probablement, cet aumônier français et ses officiers avaient-ils pris en considération le vif mécontentement exprimé par l’évêque Artemije et nous-mêmes à propos du déménagement des moniales, même du monastère de Sokolica, car ceci ne faisait qu’accroître la possibilité que ce monastère soit attaqué et incendié par les Albanais, comme cela avait été le cas pour le monastère des Saints Archanges près de Prizren et pour celui de Devic, ces monastères que ni les Allemands ni les Français de la KFOR n’ont essayé de défendre ; l’évacuation de leurs communautés monastiques avait pratiquement ouvert et montré la voie qui a conduit aux destructions de ces monastères.

A notre arrivée au monastère incendié de Devic, le dimanche 21 mars dans l’après-midi, en compagnie d’une jeep de la police américaine de la MINUK (que suivait une autre jeep avec des hommes en armes), nous avons rencontré, devant le monastère, deux tracteurs conduits par des Albanais, avec des remorques remplies de bois coupé dans la forêt autour du monastère. Peu après, dans la forêt située au-dessus et au-dessous du monastère, nous avons vu d’autres tracteurs en train de s’emparer du bois domanial de Devic. Sur la route menant au monastère, nous avons également remarqué une autre jeep, aux vitres teintées, qui se dirigeait devant nous en direction du monastère. Il s’est avéré ensuite qu’il s’agissait d’officiels albanais qui, après avoir déclaré à notre escorte policière qu’ils venaient de la part du « Président du Kosovo », avaient néanmoins fini par obtempérer et se ranger sur le côté pour nous laisser passer. Pendant toute la durée de notre séjour d’une demi-heure au monastère, ils n’ont cessé de nous observer (à partir d’un promontoire au-dessus du monastère), avant de se retrouver à la porte d’entrée de Devic au moment de notre départ.

Nous citons cet épisode car les autorités albanaises de Priština auraient l’intention, par l’intermédaire de leur « Ministère de la culture », de procéder à une inspection de nos églises et monastères (à l’instar de ce que les Croates avaient fait dans la Krajina), et d’établir ensuite un rapport mensonger à ce sujet. Bien entendu, l’évêque Artemije a énergiquement refusé et même interdit une telle approche, déclarant qu’il la considérerait comme une nouvelle agression contre l’Eglise serbe. Et ceci d’autant plus qu’aucun de ces responsables officiels (qu’il s’agisse des autorités du Kosovo, de la communauté internationale, de la KFOR ou de la MINUK) n’est prêt à assurer à l’évêque Artemije où à nous-mêmes l’escorte nécessaire pour se rendre à Prizren, où s’est produite la plus grande catastrophe concernant nos Sanctuaires. Il s’agit, en fait, d’un jeu rusé et d’une histoire mensongère, consistant à affirmer que « la situation au Kosovo est meilleure », tout en refusant d’accorder une escorte militaire « car la sécurité n’est pas assurée ».

Devant le portail du monastère de Devic, qui a été enfoncé, nous avons surpris deux voitures particulières albanaises (nous avons photographié leurs plaques d’immatriculation), dont l’une s’est volatilisée aussitôt alors que l’autre était encore là lors de notre départ. Tout autour du monastère ainsi que dans la cour, se trouvaient plusieurs Albanais, qui étaient évidemment des pillards et qui avaient commencé leur travail au cours des journées précédentes. Cette information nous a été transmise la veille (le samedi 20 mars), par deux journalistes, qui avaient essayé de visiter Devic, mais n’avaient pas osé le faire en raison de la foule d’Albanais stationnant devant le monastère. Ces journalistes avaient alors constaté qu’une fumée s’élevait de l’économat du monastère, où résidaient auparavant des militaires français de la KFOR. Nous ne nous sommes pas rendus dans ces locaux, mais on voyait clairement de l’extérieur qu’ils avaient à nouveau été endommagés, comme ils l’avaient été en 1999, avant d’être restaurés par la suite.

Nous avons photographié ces Albanais, alors que la police s’efforçait de les éloigner. On ne sait au juste ce qui restait à dérober à Devic, puisque tout avait déjà été pillé et complètement incendié… Le Sanctuaire martyr de Devic a souffert pendant des siècles de tels pillards, sous le règne des Turcs, des Allemands, des balistes, des communistes, et maintenant des Euro-américains !

Dès notre entrée dans la première cour du monastère de Devic, nous avons immédiatement compris que tout y avait été brûlé. La dévastation qui y régnait pouvait faire croire que les Serbes vivant au Kosovo et en Métochie avaient connu l’équivalent d’un 11 septembre à New York. Telles étaient les conséquences du terrorisme, du vandalisme, du pogrom et des incendies provoqués dans ce Sanctuaire orthodoxe serbe du XVème siècles maintes fois martyr, où s’est déroulée l’existence du grand ascète devant Dieu que fut Saint Joanikije, le joyau de Devic. Après avoir enduré de nombreuses épreuves au cours de l’occupation turque, puis lors des guerres menées pour la libération des Serbes et du Kosovo, ce monastère a particulièrement souffert en 1941, quand il a été incendié et que tout a été détruit, à l’exception du paraclet de Saint Joanikije (une photographie conservée au monastère témoignait de cette destruction) et quand fut assassiné l'higoumène de Devic, l'hiéromoine Damaskin Boškovic (dont les Serbes connaissaient précisément l'assassin albanais ainsi que les circonstances de ce crime).

Il nous faut maintenant énumérer les konaks (hôtelleries) qui ont été brûlés, avant d'évoquer les dommages infligés par le feu à l'église de la Dormition de la Mère de Dieu et au paraclet de Saint Joanikije. Ont été incendiés tous les konaks du monastère ainsi que les bâtiments annexes, soit :

1) Le grand konak réservé aux visiteurs, de deux étages, situé du côté sud (dans le sens est-ouest) dans la cour du monastère, où se trouvait la chapelle d'hiver du monastère. La chambre de l'évêque et celles des visiteurs, et en-dessous la cuisine du monastère et le réfectoire des moniales. Le toit et les plafonds ont été entièrement détruits ; ne subsistent que des murs noircis et une petite coupole au-dessus de la chapelle, le tout plein de suie. Au-dessous de ce konak, couvait un feu allumé par les Albanais, et à l'évidence réactivé, tout comme dans le paraclet de Saint Joanikije.

2) A été totalement incendié le konak des moniales, à deux étages, qui sépare la cour du parvis de l'église (il se trouve à l'ouest de l'église, dans le sens nord-sud), et qui est relié au konak des visiteurs et à la chapelle, car c'est sous son aile droite qu'on passe de la cour à l'église.

3) A été brûlé également le konak du rez-de-chaussée, dénommé la salle populaire, situé sur le plateau nord au-dessus du niveau de la cour inférieure.

4) Le konak annexe au-dessus du garage, qui se rattache aux bâtiments du magasin (hangar) et de l'écurie, tous deux incendiés, bien qu'il semble que l'écurie soit moins endommagée, probablement parce qu'il fallait en faire sortir le bétail, alors que le magasin a été vidé de la nourriture, des provisions, des outillages et de tout ce que l'higoumène et les soeurs avaient amassé (en tenant compte du fait que le monastère avait déjà été complètement pillé en juin 1999, lorsque les religieuses et le père Serafim avaient été maltraitées et que la tombe de Saint Joanikije avait été profané).

5) Le vieil ambar (hangar) datant de 1863, situé au sud-est de l’église (au-dessous du cimetière du monastère, lui-même complètement dévasté), ainsi que la boulangerie ainsi que le local pour faire sécher les fruits.

6) Devant l’église, on a dérobé la vieille margelle du puits, qui est ainsi totalement ouvert (on ignore si quelque chose a été jeté dans le puits).

7) L’église de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, et à ses côtés, le paraclet de Saint Joanikije ont été incendiés de l’intérieur. Le feu a été entretenu, car nous avons vu deux flammes distinctes à côté de la tombe du Saint, ce qui signifie qu’on a ajouté du combustible, car il n’y avait assez de réserves dans l’église pour permettre au feu de se prolonger jusqu’à dimanche après-midi.

Toute l’iconostase de l’église a brûlé (avec les nouvelles icônes faites par les moniales du monastère de Celije (près de Valjevo) .N’a subsisté,sur le sol, que l’icône de Saint Stéphane le Premier martyr, sur laquelle plusieurs trous témoignent des tirs dont elle a été la cible. Ont également brûlé le trône épiscopal, le chœur, l’icône centrale et une icône sur le mur. C’est avec brutalité qu’on a brisé la grosse colonne blanche au-dessous du Saint Trône, tournée vers l’abside de l’autel (elle n’a pas été entièrement fracassée, sans doute en raison de son poids et du fait qu’elle est en béton armé). On n’a retrouvé que quelques morceaux des objets religieux pendant les services liturgiques. Devant l’autel et le siège épiscopal, on a creusé avec des pioches dans le sol en béton, mais les trous ne sont pas importants (probablement les Albanais cherchaient-ils de l’or, comme des vandales l’ont fait dans les églises serbes détruites en Herzégovine). A l’intérieur de l’église, du monastère de Devic, tout est resté carbonisé : les tables et les chaises, les étalages avec les cierges et tout ce qui se trouvait là. Nous n’avons pu tout voir à cause de l’obscurité, alors que la police ne cessait de nous mettre en garde contre les explosifs éventuellement en place !,

8) A l’intérieur du paraclet de Saint Joanikije, il apparaît clairement qu’un incendie a été allumé et que la tombe a été profanée par le haut ; la plaque qui la recouvre a été cassée en plusieurs morceaux, dont certains se sont retrouvés dans la tombe elle-même. Nous avons pu constater que le fond du tombeau n’a pas été creusé. Les deux foyers d’incendie observés à côté du tombeau, éloignés d’un demi-mètre l’un de l’autre, ont dû être activés à plusieurs reprises, afin de maintenir la flamme ; sur la plaque recouvrant la tombe du Saint, nous avons retrouvé une vertèbre provenant des Saintes Reliques, qui était noircie et encore chaude. Les murs du paraclet sont complètement noirs, de sorte qu’il a été impossible de voir, dans l’obscurité, si les fresques ont été détruites.

Nous avons emporté quelques livres carbonisés ainsi que plusieurs objets liturgiques. La police ne cessait de nous presser pour repartir.

9) Nous avons déjà indiqué que toutes les tombes dans le cimetière à l’Est de l’autel, ont été totalement détruites ; les monuments ont été brisés en mille morceaux, mais les tombes n’ont pas été fouillées. Ultérieurement, des aumôniers militaires français nous ont apporté, dans une boite en carton, plusieurs fragments de crânes et des ossements, retrouvés, semble-t-il, dans l’une des tombes situées dans l’église même, mais nous ignorons où se trouvaient ces tombes et n’avons pu voir, dans l’obscurité, si des fouilles ont eu lieu dans l’église ou aux alentours. Les ossements retrouvés sont propres, de couleur jaune-blanche, ils n’ont pas été brûlés et n’ont pas été souillés par de la terre, de la poussière ou par autre chose.

Partout sur les murs pleins de suie de l’église et autour, on trouve des inscriptions et des symboles albanais ; les plus visibles s’étalent sur le mur du konak réservé aux visiteurs, glorifiant l’UCK et d’autres groupes albanais.

Résumons enfin notre impression : le contingent français de la KFOR n’a absolument pas cherché à protéger ou à défendre le monastère de Devic. La même impression vaut pour les Saints Archanges près de Prizren ainsi que pour d’autres églises et monastères serbes qui ont été évacués à toute vitesse et par la force, avant que des Albanais interviennent ensuite en toute impunité et y allument des incendies afin de les détruire.

Il faut aussi mentionner la manipulation médiatique qui a duré plusieurs jours, consistant à affirmer que Devic n’avait pas été incendié ni détruit ; les medias albanais ont répété cette intoxication à plusieurs reprises et leurs homologues belgradois y ont cru.

Dimanche soir, le 21 mars 2004
Kosovska Mitrovica
Evêque Athanase
Et l’Higoumène Mihaïlo de Sopocani


TEMOIGNAGES DE MOINES

Mars 2004
Parus dans «Pravoslavlje» du 1er avril 2004

Hiéromoine GERMAN, higoumène du monastère des Saints Archanges près de Prizren

«Notre monastère a été incendié le mercredi 17 mars 2004, peu après 21 heures. Je me trouvais alors à Kosovska Mitrovica, en contact téléphonique permanent avec mes frères du monastère. Nous ne nous attendions pas à une telle catastrophe, car les Allemands (de la KFOR) avaient même renforcé la sécurité autour du monastère. Tout était normal, habituel.

Mon dernier appel téléphonique eut lieu dix minutes avant l'incendie. Cinq minutes avant l'attaque, un de nos amis téléphona à notre communauté, mais cet entretien fut interrompu par les soldats allemands qui venaient de pénétrer dans le konak et commençaient à crier. Quelques minutes plus tard, j'appelai le monastère, mais c'est un Albanais qui me répondit. Par la suite, il n'y eut plus aucune réponse...

Les membres de notre communauté m'ont expliqué ultérieurement que tout avait été accompli en quelques minutes, rapidement et sans explication ! Les Allemands avaient donc pénétré dans le konak, puis avaient fait sortir du bâtiment nos cinq moines, un novice et deux de nos hôtes, avant de les conduire à leur base de Sredska. Ils s'y trouvent encore. Nous examinons maintenant la façon de nous rassembler à nouveau.

Ce n'est qu'au bout de cinq jours que j'ai réussi à parvenir jusqu'à Štrpce, où la situation est aujourd'hui relativement stable. Mais cette localité est soumise à un blocus, et la situation humanitaire et psychologique des habitants y est très mauvaise. On réalise maintenant que la KFOR n'a pas voulu aider les Serbes, alors que la protection de toute cette zone n'a pas pu être réalisée facilement...

Dans notre monastère, tout est maintenant en cendres. On ne me permet toujours pas de m'y rendre, mais je sais qu'il ne reste plus rien des objets liturgiques. Ne subsistent qu'une partie des murs du konak et les fondations de la vieille laure impériale. Les Albanais ont essayé, mais, Dieu merci, sans succès, de briser la plaque située sur la tombe de notre fondateur – l'empereur Dušan. Nous reviendrons au monastère, de n'importe quelle manière, même s'il nous fallait vivre sous des tentes».

Hiéromoine Bénédikt, monastère des Saints Archanges près de Prizren

«Les cinq moines de notre communauté, un novice et nos deux hôtes ont été «évacués» par des soldats allemands de la KFOR, au premier soir du pogrom, à leur base de Sredska. Nous y avons été amenés sans explications. Aussitôt après notre départ, des Albanais pénétraient dans le konak, et l'incendiaient. Tout était arrivé très soudainement, rien n'annonçait ce qui allait se passer.

Cette base allemande est, en fait, une vieille école serbe. Nous y disposons d'une chapelle, et les services liturgiques sont réguliers. Pour le moment, les Allemands nous protègent correctement. Ils ont reçu l'ordre de nous défendre à tout prix.

Nous sommes, avec l'aide de Dieu, avant tout décidés à revenir dans notre monastère. Même si nous devions vivre dans des installations de fortune préfabriquées –«nous voulons
revenir».


TEMOIGNAGE D'UN PRÊTRE DE PAROISSE

Témoignage du père Dragan Jerinic de Kosovo Polje
Publié dans « Književne Novine » (Belgrade) du 25 mars 2004

Le 17 mars 2004, quand ont commencé les actes de vandalisme de la meute albanaise, la première attaque se produisit vers 15h sur la route principale Priština-Pec, dans la direction de Pec. Environ 3000 jeunes extrêmistes albanais traversèrent Bresje et s'arrêtèrent devant un établissement hospitalier («maison de santé»). Ils y avaient été précédés par des membres du Service de Police du Kosovo. A leur arrivée, à la suite d'un signal donné par un policier kosovar dénommé Issa (originaire de Gornje Dobrevo) les extrêmistes albanais commencèrent à lancer des pierres contre l'établissement de santé. Au moment de cette attaque, cet établissement abritait une quarantaine d'employés serbes et une vingtaine de malades hospitalisés. Le personnel de l'hôpital et les malades ne réussirent qu'avec beaucoup de peine à sauver leurs vies. L'hôpital fut incendié, en présence de membres de la MINUK et de la KFOR, qui se trouvaient éloignés de 20 à 30 mètres. Après 5 à 10 minutes, une équipe de pompiers se présenta sur les lieux, qui, selon les témoignages des employés de l'hôpital ainsi que d'autres personnes présentes sur les lieux, attendit quelque peu, toute prête, pour éteindre l'incendie qui menaçait d'embraser les immeubles voisins peuplés d'Albanais. Une seconde citerne qui apparut alors, était pleine de carburant. Lorsque le feu diminuait en intensité, ce carburant fut utilisé pour réactiver le feu qui avait embrasé l'hôpital.

Après avoir incendié cet établissement hospitalier, les terroristes albanais continuèrent à brûler les maisons serbes des environs, ainsi qu'un établissement commercial appartenant à un Serbe. Puis ils se dirigèrent vers le centre scolaire «Sveti Sava», lui aussi incendié. Ensuite, ils brûlèrent toutes les maisons serbes qui subsistaient autour de l'école. Enfin, ils partirent vers la poste de Kosovo Polje, à laquelle ils mirent également le feu ; ainsi toutes les institutions serbes situées dans ce secteur furent incendiées.

Les incendies et les actes de vandalisme des extrêmistes albanais se poursuivirent jusqu'au matin, à Kosovo Polje comme à Bresje. Partout où le patrimoine serbe avait été incendié et détruit, la police de Kosovo se trouvait naturellement présente.

Au cours de la période allant du mercredi 17 mars à 15h jusqu'au matin du jour suivant, les extrêmistes albanais, qui étaient à la tête d'une meute désordonnée, ont incendié une vingtaine de maisons à Kosovo Polje ainsi que seize maisons à Bresje. Le jeudi 18 mars, dans la journée, deux autres maisons furent brûlées, puis une vingtaine d'autres dans la nuit suivante. Vers 10h30 de ce même jour, l'église orthodoxe serbe Saint Nicolas à Kosovo Polje, construite en 1939, fut brûlée. La maison paroissiale de Kosovo Polje fut épargnée car elle se trouve à proximité d'une maison albanaise.

Nous savons aussi qu'au cours de ces évènements, au moins un Serbe, dénommé Zlatibor Trajkovic fut tué, dont le cadavre a été, selon l’information transmise à sa famille, transporté à Orahovac aux fins d’autopsie. Un autre Serbe, nommé Trifun Stojilovic, fut arrêté par les Albanais alors qu’il rentrait chez lui, avant d’être lardé de coups de couteau et violemment battu ; croyant qu’il était mort, ses agresseurs le laissèrent gisant sur la route. De son côté, Predrag Jovanovic (originaire de Kosovo Polje) fut également roué de coups.

Le sort d’un autre Serbe dénommé Mirko Lopata, porté disparu, reste inconnu.

On a incendié les maisons de tous les hommes connus pour leur engagement dans le combat pour continuer à vivre et subsister à Kosovo Polje.

Lors de ce nettoyage ethnique survenu à Kosovo Polje, on a pu constater une tactique très claire. Au début des opérations, les membres de la Police de Kosovo poussaient les Serbes à s’enfuir, puis, immédiatement à leur suite, surgissaient des masses d’Albanais qui pillaient les maisons serbes avant d’y mettre le feu. Tout cela reflétait une action bien rôdée et coordonnée.
A Gracanica, le 21 mars 2004
Père Dragan Jerinic, prêtre de paroisse à Kosovo Polje


LISTE COMPLEMENTAIRE LA PLUS RECENTE
DES SANCTUAIRES ORTHODOXES SERBES
DU KOSOVO ET DE METOCHIE
DETRUITS ENTRE LE 17 ET LE 19 MARS 2004
(« Pravoslavlje » du 1er avril 2004)

PRIZREN

1. Mère de Dieu de Ljeviša (XIV ème siècle)
2. Eglise du Saint Sauveur (XIV ème siècle)
3. Eglise-cathédrale du Saint Grand Martyr Georges (1856)
4. Eglise Saint Nicolas -des Tutic (XIVème siècle)
5. Eglise Saint Georges des Runovic (XVI ème siècle)
6. Eglise Sainte Kyriaké (XIV ème siècle, restaurée)
7. Eglise Saint Pantéléïmon (XIV ème siècle, restaurée)
8. Eglise des Saints Côme et Damien (XIV ème siècle, restaurée)
9. Eglise Sainte Kyriaké à Živinjane
10. Monastère des Saints Archanges (XIV ème siècle)

* Bâtiment du Séminaire orthodoxe des Saints Cyrille et Méthode
* Résidence épiscopale

ORAHOVAC

11. Eglise Sainte Kyriaké (1852) à Brnjaca, Orahovac.

DJAKOVICA

12. Eglise de la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu (XVI ème siècle) avec la maison paroissiale.
Eglise-cathédrale de la Sainte Trinité (clochers détruits, qui n’avaient pas souffert lors de la pose des mines en 1999 ; toutes les ruines de l’église ont été dispersées)
13. Eglise du Saint prince Lazare, Piskote.

SRBICA

14. Monastère Devic (XVème siècle)

PEC

15. Eglise Saint Jean Baptiste Précurseur (Métropolie, avec la maison paroissiale)
16. Eglise de la Présentation de la Très Sainte Mère de Dieu, à Belo Polje (à nouveau incendiée)
17. Eglise du Saint Jean Précurseur et Baptiste (Pecka banja)

UROŠEVAC

18. Eglise du Saint empereur Uroš, à Uroševac.
19. …
20. …
(au moins deux églises, qui étaient gardées par des soldats grecs de la KFOR, ont été abandonnées, ce qui permet de supposer qu’elles ont été détruites)

KOSOVSKA KAMENICA

21. Eglise située à Donja Slapašnica.
22. Eglise située à Talinovac.

ŠTIMLJE

23. Eglise du Saint Archange Michel

PRIŠTINA

24. Eglise Saint Nicolas (XIX ème siècle)

KOSOVO POLJE

25. Eglise Saint Nicolas, incendiée.
26. Eglise Sainte Catherine, à Bresje près de Kosovo Polje, incendiée.

VUCITRN

27. Eglise Saint Elie

OBILIC

28. Nouvelle église d’Obilic

KOSOVSKA MITROVICA

29. Eglise Saint Sava

PODUJEVO

30. Eglise construite en 1930.

SERBES TUES AU KOSOVO ET EN METOCHIE
en mars 2004

(source : Centre de coordination pour le Kosovo et la Métochie)

1. Spasojevic Borivoje (63 ans) à Kosovska Mitrovica
2. Tucev Jana (36 ans) à Kosovska Mitrovica
3. Vesic Nenad (53 ans) à Lipljan
4. Stolic Dobrivoje (49 ans) à Drajkovac (Štrpce)
5. Stolic Borko (20 ans), fils du précédent, à Drajkovac (Štrpce)
6. Peric Boban (52 ans) à Gnjilane
7. Trajkovic Zlatibor (62 ans) à Kosovo Polje. Son corps a été brûlé.
8. Nedeljkovic Dragan (61 ans) tué au Séminaire orthodoxe de Prizren.


LA MERE DE DIEU DE LJEVIŠA (*)

L'église-cathédrale de Prizren, dédiée à la Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu, connue comme la Mère de Dieu de Ljeviša, a été reconstruite entièrement par le roi Stéphane Uroš Milutin, en 1306/1307, sur les fondations d'une ancienne église chrétienne. Une inscription en briques en porte témoignage sur le mur extérieur de l'abside centrale : «Moi, Stéphane Uroš, roi croyant en Dieu des terres serbes et du littoral, arrière-petit-fils de saint Siméon Nemanja et gendre de l'empereur grec Andronic Paléologue, j'ai restauré l'église de la Sainte Mère de Dieu de Ljeviša à partir de ces fondations, et moi, Damien, humble évêque de Prizren, j'y ai contribué (été 1307)».

L'église de la Mère de Dieu de Ljeviša est une œuvre architecturale exceptionnelle. Elle possède deux séries de fresques : la première remonte au début du XIII ème siècle (dont il ne reste que deux fresques), alors que la seconde date de la période 1307-1313. Certaines de ses fresques se rangent parmi les meilleures œuvres de la peinture de fresques : les thèmes picturaux y sont développés d’une manière neuve et originale. L’un des exemples de cette tendance se trouve à l’exo-narthex où sont représentées les visions des prophètes de l’Ancien Testament, où la Mère de Dieu apparaît telle que la voyaient et l’annonçaient des prophètes comme Moïse, Salomon ou Daniel. Le rôle de la Mère de Dieu dans l’Incarnation du Logos est exprimé dans un style pictural dense. Toute l’église de la Mère de Dieu de Ljeviša est remplie de scènes d’une beauté impossible à reproduire.

Après le Grand Exode des Serbes (1690) et en tout cas après 1737, cette merveilleuse église fut transformée en mosquée. Les murs furent alors recouverts de crépi et toute la beauté de la foi et de la sagesse exprimée avec des moyens artistiques fut enfouie sous les couches de plâtre. Un minaret fut construit et l’ancienne église, devenue mosquée, fut surnommée Atik (l’ancienne) par les Turcs. Des réaménagements intérieurs furent réalisés et de nouveaux locaux furent construits à cet effet. Après la libération de Prizren en 1912, la Mère de Dieu fut rendue à sa destination fondamentale, redevenant une église chrétienne. Le minaret fut enlevé en 1923 et les cloches furent remises en place. En enlevant les couches de crépi sur les fresques, les restaurateurs découvrirent une inscription en arabe, qui avait été gravée au-dessous de la fresque de la Mère de Dieu, avec les mots suivants : « Mes pupilles conserveront l’éclat de ta beauté ». Le Turc chargé de recouvrir les fresques avec du plâtre, s’était insurgé contre un tel vandalisme et avait laissé un message, tout en étant persuadé qu’il resterait éternellement caché… Les Turcs recouvrirent les fresques, mais ne détruisirent pas l’église, car ils appréciaient l’harmonie et la beauté des vieilles constructions. Aujourd’hui, il semble qu’il n’existe plus personne à Prizren, cette vieille « cité des empereurs », qui ait des yeux pour voir la beauté et un cœur pour reconnaître le sublime.

Aujourd’hui, la très belle église de la Mère de Dieu de Ljeviša, admirée par ses adversaires pendant des siècles, a été incendiée par les Albanais.


(*) «Pravoslavlje» du 1er avril 2004.

 
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