| Dès
le début des bombardements sur la Serbie en mars
1999, des personnes de tous horizons se sont regroupées
autour de Monseigneur LUKA ( Evêque de l'Eglise
Orthodoxe Serbe à Paris ) et ont créé
une Association loi de 1991 pour aider les populations
civiles en Yougoslavie.
Cette association fait partie
d'une Union d'associations (ONG) nommée "PHILANTROPIE"
qui a son siège au Patriarcat de l'Eglise Orthodoxe
Serbe à Belgrade. L'Eglise Orthodoxe Serbe avait
créé "PHILANTROPIE" en 1991 pour assurer
son indépendance dans ses activités humanitaires.
C'est "PHILANTROPIE" qui, à l'arrivée des
camions se charge de distribuer toute l'aide en fonction
des besoins, à travers son propre réseau
indépendant de tout pouvoir politique. Ses responsables
s'assurent de l'intégrité et du dévouement
des personnes chargées de cette distribution. De
leur côté, les responsables de notre association
se tiennent informés en temps réel de l'acheminement
et de la distribution de notre aide. Des listes précises
du contenu de chaque camion sont dressées au départ
et contrôlées à tous les stades de
la distribution, de manière à limiter le
plus possible les détournements éventuels.
Nos correspondants nous
informent des besoins les plus criants mais, malheureusement,
la situation est tellement difficile - et elle ne cesse
de se dégrader - que nous ne pouvons pas toujours
les satisfaire.
Depuis le 28/04/1999, nous
avons envoyé 24 semi-remorques contenant essentiellement
du matériel médical et des médicaments,
mais aussi de la nourriture, des vêtements, du linge
et du matériel scolaire. Toute cette aide nous
est offerte par des particuliers, d'autres associations,
des hôpitaux, des médecins, ainsi que par
"l'Institut de Solidarité des HAUTS-DE SEINE".
Le tri et le conditionnement sont assurés par nos
bénévoles, de même que le chargement
des camions.
Pour collecter les fonds
nécessaires à l'acheminement des camions
(le transport seul revient environ à 18 000 F par
camion) et à l'achat de quelques médicaments
co˛teux et indispensables, l'association a lancé
plusieurs appels à la radio (Radio Courtoisie a
été la seule station à diffuser nos
appels), et organisé un concert de musique classique
à l'église Saint-Etienne-du-Mont le 12/05/2000.
Un autre concert est prévu.
En plus de ces activités,
l'association a essayé d'informer le public par
des tracts et par l'édition d'un livre "LE KOSOVO
CRUCIFIÉ" dont le but est de faire conna”tre les
dégâts subis par le patrimoine religieux
et culturel au Kosovo.
Pour que nous puissions
continuer notre travail, nous faisons appel à l'aide
de toutes les personnes qui en ont le désir et
la possibilité, et, tout en les remerciant, nous
invitons nos amis à poursuivre leur aide qui nous
a été jusqu'ici si précieuse.
Le
jeudi 5 octobre à 19 heures à la Mairie
du IXe arrondissement de
Paris 6, rue Drout M. Richelie-Drout
grâce à la bienveillance de Monsieur le Ministre
et
Maire du IXème arrondissement de Paris,
Gabriel Kaspareit
LE DIOCèSE ORTHODOXE - AIDE HUMANITAIRE
Association régie par la loi du 1er juillet 1901
Tel. : 01 42 52 99 90 Fax : 01 42 58 21 07)
Organise une rencontre d'informations à l'occasion
de la sortie du livre
LE KOSOVO CRUCIFIÉ:
Kosovo
et Metokhie
Balkans Studies de Salonique 1997
raccourci et arrangement selon un texte donné par
B.Bojovic
Géographie :
Kosovo Polje a une étymologie slave.
La tentative ridicule de le nommer KOSOVA, en changeant
la dernière voyelle comme font certains médias
induits en erreur par des nationalistes albanais, ne suffit
pas pour s'approprier l'origine du Kosovo. Le Kosovo Polje,
le Champ des Merles est un vocable serbe. Kos veut dire
merle, en serbe. Les cartes géographiques nouvellement
éditées à Tirana et distribuées
pendant les deux derniers salons du livre à Paris,
ont installé le Kosovo Polje sous la bannière
de l'Aigle noir sur fond rouge, comme s'il appartenait
déjà à l'Albanie. C'est encore à
voir. Les jeux ne sont pas faits. D'ailleurs, le nom complet
et officiel de la région est Kosovo et Metohija,
en fran¨ais, Métokhie. Dans le vocabulaire actuel
Métokhie a mystérieusement disparu parce
qu'elle tient son origine du metokhion mot grec qui désigne
les domaines ecclésiastiques. C'est une appellation
historique trop visiblement attachée à l'orthodoxie
et à l'église serbe pour convenir au pouvoir
communiste qui s'est approprié les biens de l'église,
à certains Albanais du Kosovo et d'Albanie, et
à la Communauté Internationale, qui si elle
est obligée de restituer ces terres au propriétaire
légitime, ne pourra plus imposer l'indépendance
du Kosovo. KetM se compose de deux vastes plaines distinctes,
situées dans le sud-ouest de la Serbie. Ses frontières
sont au nord, la Macédoine et la montagne Char
Planina, à l'ouest, l'Albanie séparée
par le haut massif de Prokletije, ( Prokletije aussi est
un toponyme slave qui signifie la Montagne Maudite ),
puis au nord-ouest, le Monténégro avec Skopska
Crna Gora. Vers l'est, s'étendent des collines.
La région couvre un espace de 100 km sur 100, soit
10887 km2. Une cha”ne montagneuse la traverse du nord
au sud, ménageant deux grandes plaines : Kosovo
à l'est, et Métokhie à l'ouest.
- Ces plaines sont très fertiles et inspirent depuis
toujours la convoitise de l'Albanie voisine.
- Elles sont riches sur le plan minier : charbon, plomb,
zinc, argent, ce qui aiguise d'autres appétits
plus lointains.
- KetM se trouve à la croisée des chemins
entre l'Asie et l'Europe. Cette position stratégique
exceptionnelle a toujours intéressé les
puissances qui souhaitaient s'en prendre à l'Europe.
A l'heure actuelle, la superpuissance mondiale, les Etats
Unis, a profité du déploiement des forces
de l'OTAN, pour installer au Kosovo une base militaire
construite pour durer, le Bondesteel. Ses alliés
ont été mis devant le fait accompli.
l'Epoque médiévale: Naissance
et Apogée du KetM serbe:
Le Haut Moyen ge est ici encore plus qu' ailleurs, une
période de turbulence faite d'invasions barbares
répétées (fin du IV). Plus tardivement,
des luttes frontalières pour délimiter les
territoires de chacun, opposent de nombreuses fois, les
Serbes et les Byzantins.
Mais la région et c'est très important de
le souligner, n'a jamais existé en tant qu'entité
autonome.
- Martino Secondo, Evêque catholique d'Ulcinj
l'affirme dans son livre :
" Un umanista serbo-dalmatta del tardo Quatrocento
", publié en 1480.
Des ouvrages plus récents, confirment les données
de Martino Secondo, - les Ed.Pertusi, publiées
à Rome en 1981,
- Kosovo-Metohija dans l'histoire serbe, de Samardjic,
publié à Lausanne en 1990.
La présence des Slaves est attestée par
des fouilles archéologiques et les toponymes slaves,
surtout à partir du XIème siècle,
lorsqu'ils purent commencer à construire. L'arrivée
des tribus serbes et croates commence au VI siècle
et s'achève au VII. Ces tribus s'installent avec
la permission de l'Empereur Héraclius ( 610-641)
qui leur demande en échange de devenir des " fédérates
", c'est à dire qu'ils acceptent de défendre
le sol de l'Empire contre les invasions turco-tatares
des Avares. Les terres qu'ils occupent sont dévastées
et br˛lées par des invasions antérieures.
Ils reconstruisent tout peu à peu, en respectant
leur contrat : défendre l'Empire contre les envahisseurs.
Le Peuplement :
Les populations autochtones trouvées
sur place sont de deux sortes :
1) - les sédentaires : Dardanes, Autariates et
Illyriens. Ils se réfugient dans les grandes villes,
à Salone, à Salonique et sont assimilés
par cinq siècles d'occupation romaine. Raconter
maintenant que les Albanais qui sont un peuple bien spécifique,
descendent des Illyriens est une aberration. Tous les
peuples de l'Adriatique ont été forcément
mélangés à des Illyriens.
2) - des transhumants : Valaques, KutsoValaques, Aroumains,
Tsintsars, et au sud-ouest des pays serbes, des Arvannitai
et des Arbanach (Albanais). Ils sont libres de se promener
dans la région et ne sont pas astreints au servage,
au quel les agriculteurs slaves sont obligés de
se plier. Dans les sources juridiques du Moyen ge répertoriées
par K.I.Amantos, "Histoire des guerres byzantines II
", publié à Athènes 1947, on
trouve trace d'une sorte de recensement . Il y a au VII
siècle, dans la région du Kosovo, 590 villages
, 15.186 familles, 75.000 habitants slaves. C'est la plus
forte densité de population dans les Balkans. Il
existe une " loi pour les Serbes ", recueil de règles
qui régissent le servage de la population agricole,
et une " loi pour les Valaques ", qui régissent
les nomades. On appelle la loi qui concerne les nomades,
la loi pour les Valaques, parce que ceux-ci sont les plus
nombreux parmi les peuples nomades cités. La conversion
progressive des Valaques en sédentaires les amène
naturellement à obéir à la loi pour
les Serbes. Au KetM, chaque groupe de population conserve
sa propre identité, alors que dans les territoires
romains ou byzantins, on l'a vu pour les Illyriens et
les Dardanes, les populations dispara”ssent en s'assimilant.Les
Slaves qui s'installent dans les antiques territoires
grecs n'échappent pas à la règle,
ils sont hellénises aussi et leur trace dispara”t.
Les Toponymes:
Les toponymes dans la région KetM
sont slaves à 98 %.
l'ouvrage de Loma, " les Slovènes et les Albanais
au XII. siècle ", p.279-323 - publié à
Belgrade en 1972, fait une étude minutieuse.
Même les toponymes de l'Albanie dans les régions
frontalières, ont des origines slaves.
Les Principautés serbes:
Les premières principautés
serbes installées en KetM reconnaissent la souzeraineté
de l'Empereur de Byzance, mais leurs frontières
sont imprécises parce que mouvantes. Pendant deux
siècles, du 9ème au 11ème, on se
battra pour les définir.
- Entre 924-927, l'Empereur bulgare Siméon envahit
complètement la Serbie et forme un Empire qui s'étend
jusqu'à la mer Ionienne, qui englobe bien entendu
aussi le Kosovo et Métokhie.
- Anne Comnene, fille de l'Empereur de Byzance Alexis
I, écrit au IX siècle que la forte densité
de population à majorité orthodoxe vit en
Metokhie. La limite entre les Slaves et les Albanais serait
dessinée par la rivière Drim*.
* Drim est une rivière située en Albanie.
Anne Comnène parle aussi de " deux Pilot albanais
" ( oot Rabna Pilota ooba ) ce qui veut dire que de l'autre
côté du massif de Prokletije, vivent des
Albanais.
- L'Archevêque catholique de Bar, Marin Bizzi, ,
fait à peu près le même constat en
1610, quelques siècles plus tard.
- Au Xème siècle, 927-950, Caslav Klonimirovic,
unifie les pays serbes : Raska (partie continentale de
la Serbie :), Dioclée, (actuellement l'Albanie
du nord et le Monténégro) Travounie (Dalmatie),
Hum (Herzégovine), Bosnie centrale.
- Il est battu par les Hongrois arrivés depuis
peu en Panonie.
- Puis en 1018, la destruction de l'Empire bulgare de
Samouilo, restaure la puissance de Byzance dans la région
pour une durée de 150 ans. Au XIème siècle,
un premier royaume serbe est formé autour de la
Dioclée. La Raska ou Rascie est confiée
à l'administration des grands Joupans serbes qui
guerroient contre les gouverneurs nommés par Byzance.
Leur capitale est Ras, au Kosovo et Métokhie. L'archidiocèse
d'Ohrid fondé par l'Empereur byzantin Bazile II,
en 1018, englobe les villes antiques de Prizren et de
Lipljan, qui sont reconstruites. Bazile comptait y installer
des sièges administratifs et diocésains
de l'Archevêché autocéphale d'Ohrid,
composé de deux Evêchés : l'Evêché
de Prizren, comprenant les villes slaves Hvosno, Leskova,Vret,
et l'Evêché de Lipljan. D'incessants soulèvements
slaves contre le pouvoir de Byzance conna”ssent des bonheurs
divers. Les Serbes br˛lent du désir d'avoir leur
propre Archevêché.
- En 1093, le Joupan Vukan, occupe la ville diocésaine
byzantine de Lipljan et traverse Char Planina pour se
diriger vers la Macédoine. Anne Comnene indique
dans ses écrits que la frontière entre Byzance
et la Serbie passe à cette époque entre
Lipljan et Zvecan, toutes deux situées au
KetM.
- Après l'avènement de Stevan Nemanja, Prizren,
l'autre siège diocésain, devient serbe également.
Il le restera. D'autres villes Hvosno, Podrimlje, Patkovo,
Lab, Sitnica, Kostrc, Draskovina habitées par des
populations slaves sont rattachées à la
Serbie. La Serbie peut enfin avoir son propre Archevêché.
Sava, le fils de Stevan Njemanja en est le premier Archévêque
et législateur des canons de l'Eglise serbe : le
Nomocanon. Les terres du KetM, principalement celles de
Métokhie, furent distribuées au clergé
orthodoxe serbe et aux monastères :
- la grande Laure de Studenica
- fondée par Stefan Nemanja en 1186
- le monastère de Gradac, fondé par Hélène
d'Anjou, reine serbe venue de France
- les monastères de Banjska et de Gracanica
- l'Eglise de Bogorodica Ljevichka de Prizren, fondation
du roi Milutin
- le monastère de Decani, fondation de Uros III
- le monastère des Saints Archanges de Prizren
Les chartes de ces fondations sont une très riche
source d'informations historiques, juridiques, onomastiques,
et toponymiques. Elles apportent des preuves irréfutables
sur l'histoire de la région, d'o¯ un tel acharnement
à les détruire. On sait par exemple, qu'il
y avait moins de 10 % d'Albanais à l'époque
des chartes. Les familles rurales sédentaires étaient
serbes. La structure ethnique des villes est un peu moins
bien connue. Cependant, l'essor du commerce à Prizren
et d'autres villes, favorisa plus tard, l'immigration
albanaise. A.Ducellier dans ses travaux et mémoires
: ŌArbanon et les Albanais au XI siècle, publié
en 1968, répertorie les Albanais et leurs migrations.
En 1233, Pec est choisie pour être le siège
de l'Archevêque de Serbie. En 1346, lorsque l'archevêché
se transforme en Patriarcat, Pec devient Patriarcat. Pendant
les trois siècles suivants, KetM devient le
centre vital, culturel, religieux, politique et économique
de la Serbie. KetM, on l'a vu, est doté d'un
très riche sous-sol. Il est exploité dès
le XIIème siècle : essentiellement autour
de Trepca. Les rois serbes font venir des mineurs saxons
qui conservent leur religion catholique et leur jurisprudence,
tout en s'assimilant à la population slave.
Prospérité:
Prizren hérite des Byzantins l'élevage
des vers à soie et devient une ville commerciale
très importante. Elle attire une immigration travailleuse
et abrite le siège du consul ragusain. Il y a deux
églises catholiques à Prizren : St Pierre
et Ste Marie. De nombreuses routes sillonnent KetM et
menent les marchandises variées, dans toutes les
directions, vers la mer ou à l'intérieur
des terres et du continent.
Dynasties et Monuments religieux:
Sur les trois dynasties qui règnent
en Serbie, deux sont originaires du Kosovo.
- Le Prince Lazar est né à Prilepac.
- Drenica est le berceau des sebastocrators , les gouverneurs
désignés par le Tsar Dusan, dont est issue
la dynastie des despotes de Serbie, les Brankovici. Aujourd'hui
Drenica est le repère de l'UCK le plus dur. Les
rois de Serbie ne restent pas sur place mais se promenent
dans diverses villes administratives, qui toutes sont
situées au KetM : Pristina, Prizren, Ribnik, Nerodima,
Pauni, Vrlah, Svrcin, Petric, Brnjaci (à Brnjaci,
près de Kosovska Mitrovica, se trouvait la résidence
favorite de la Reine Hélène d'Anjou )La
densité des monuments religieux entre le XII et
XV siècle au KetM est plus forte que partout ailleurs
en Serbie. Par exemple, à Velika Hoca, il existaient
avant la médiation " pacifique" de la KFOR, 13
églises construites entre le XII et XV siècle.
On ne sait pas ce qu'il en est aujourd'hui.
La Nuit ottomane:
Deux siècles plus tard, après
la bataille du Kosovo Polje puis la défaite de
Smederevo, la capitale de la Serbie, c'est l'occupation
ottomane. La phrase trouvée dans le document Balkans
Studies, qui a servi de canevas pour cet exposé,
est à méditer aujourd'hui comme hier. Elle
concerne les défaites chrétiennes au KetM
: Dans ce heurt de deux civilisations que fut la bataille
du Kosovo, les retombées politiques furent très
lourdes de conséquences à l'échelle
historique et géographique. Le seul Etat qui avait
été encore capable d'opposer une résistance
efficace à la conquête ottomane des Balkans
et ensuite de l'Europe, vaincu, il fut placé sous
la souzeraineté du sultan. Après la Serbie,
ni la Hongrie, ni même l'Europe chrétienne
dans son ensemble, ne furent plus en mesure d'opposer
une défense durablement efficace aux campagnes
de guerre de Mehmed le Conquérant...
L'Administration ottomane s'installe et l'esclavage des
Chrétiens s'en suit :
- Au XVème siècle, lorsque l'Empire ottoman
prend pied dans la région, on voit appara”tre dans
les recensements fiscaux, des noms albanais dans 80 villages
sur 600, ce qui n'existait pas auparavant.
- Les terres serbes sont distribuées aux Spahis
ottomans. Le territoire est divisé en départements
administratifs à caractère militaire : pasalukhs,
sandjaks et vilayets ainsi qu'en régions juridiques,
les cadiliks. Bien évidemment, les caddies distribuent
les sanctions selon qu'on est Musulman ou non, Turc ou
chrétien. Les répartitions des territoires
sont arbitraires et changent souvent. Par exemple, le
sandjak de Dukadjin appartient au pasaluk de Roumelie,
celui de Prizren à celui de Bosnie. L'usufruit
des domaines fonciers est donné aux spahis mais
ceux-ci ont pour charge d'organiser la cavalerie, c'est
à dire, l'essentiel de l'armée turque. Dans
cette région o¯ il y a peu de musulmans au début,
il faut utiliser des soldats chrétiens, qui en
échange, sont exemptés de certains impôts.
Pour permettre à leurs familles de survivre, certains
pères de famille acceptent de se vendre à
l'occupant. Les Valaques aussi sont inclus dans ce système.
Ils sont souvent gardiens de mines. d'après le
Génois Promontario de Campis, les mines très
nombreuses, y compris Srebrenica en Bosnie, permirent
à l'Empire ottoman de frapper toute sa monnaie
en argent avec les seules extractions de Serbie. La monnaie
est frappée sur place, à Novo Brdo et les
gros rouleaux sont expédiés à Constantinople.
Il est curieux de noter que ces régions minières
de l'ancienne Serbie, Srebrenica en Bosnie, Trepca au
Kosovo , Serres en Macédoine,sont à nouveau
sur la sellette.
Cultures agricoles:
L'agriculture essentiellement vinicole,
se transforme sous la gouverne turque en culture céréalière
pour nourrir les soldats en campagne.La population albanaise
des villes et villages augmente encore. En 1455, dans
le sandjak de Vucitrn, sur 858 villages et 50 hameaux,
on note 16729 foyers chrétiens et 177 musulmans
albanais. Les villages albanais sont concentrés
dans la région de Altin (Albanie frontalière
du nord-est ) et dans le sud de Métokhie, bien
à l'ouest de Djakovica, actuelle frontière
de l'Albanie, si elle existe encore. La population est
essentiellement chrétienne mais les Albanais immigrés
chrétiens également, acceptent beaucoup
plus facilement l' Islam, qui leur offre des avantages
sur le plan juridique. Il y a aussi des immigrants turques
dans la suite des spahis et des cadis. Les chrétiens
ont le statut de ra•a = le troupeau. Parfois, par manque
d'effectifs, certains privilégiés du troupeau
accomplissent des fonctions de service public : gardiens
des routes, miliciens, fauconniers, ce qui leur permet
d'alléger leurs impôts exorbitants, le haracs.
Les impôts augmentent de fa¨on insupportable au
fil des années, au fur et à mesure que l'aspre,
la monnaie ottomane perd de sa valeur. Mais le pire des
impôts reste l'impôt du sang : les familles
sont obligées de livrer des enfants mâles
pour qu'ils soient islamisés et qu'ils deviennent
des combattants de l'infanterie , les janissaires. Ils
partent et on ne les revoit plus jamais. Au XVI siècle
la situation ne cesse de se dégrader. Les routes
sont attaquées par des brigands venus des hautes
montagnes du Monténégro et d'Albanie. La
population pauvre est ran¨onnée aussi de cette
manière là, comme elle l'est actuellement
par la mafia.
Révoltes:
Lorsque les Serbes du Danube se soulevent
contre l'Empire Turc, Sinan pacha non seulement br˛le
les reliques de Saint Sava, le premier Archevêque
serbe, en plein Belgrade , mais en 1615, il construit
une mosquée à Prizren, avec le marbre de
l'Eglise des Saints Archanges, sépulture du Tsar
Dusan. L'église sépulcrale du Tsar Uros
est également ravagée et pillée en
1584, comme bien d'autres. Les tribus des montagnes monténégrines
refusent de payer les charges fiscales et se mettent à
faire des razzias au KetM. Pour lutter contre ces incursions,
les Turcs islamisent par force la tribu albanaise monténégrine
installée à la frontière du Monténégro
et du KetM, les Malisori. Les Ottomans construisent aussi
des villes fortifiées et utilisent les églises
qu'ils profanent, comme dépôts d'armes (
Rozaj en 1639 ). La population se met à fuir la
région devenue invivable. Les marchands ragusains
obligés de traverser KetM, à cause des routes,
se font escorter par une armée d'une centaine de
soldats, qu'ils payaient. Les Albanais d'Albanie se convertissent
massivement à l'Islam , surtout les catholiques,
nonseulement pour échapper aux pressions fiscales
intenables que paye toute la ra•a, mais aussi à
la d”me exorbitante qu'exige d'eux leur clergé
peu éduqué et peu réfléchi.
Voilà ce qu'écrit F. Braudel, dans son ouvrage
paru en 1982 à Paris : La Méditerranée
et le Monde méditerranéen à l'époque
de Philippe II. " ...A elle seule, l'histoire des Albanais
mériterait une enquête. Sensibles à
l'amour du sabre, aux broderies d'or et aux honneurs,
c'est comme soldats qu'ils quittent leurs montagnes. Au
XVI siècle, ils sont à Chypre, à
Venise, à Mantoue, à Rome, à Naples,
en Sicile, à Madrid. Ils vont exposer leurs doléances,
réclamer des tonneaux de poudre, ou des années
de pension, arrogants, cassants, toujours prompts à
la main. Par la suite, l'Italie s'est peu à peu
fermée devant eux. Ils gagnent alors les Pays Bas,
l'Angleterre, et la France durant nos guerres de religion.
La Régence d'Alger et de Tunis les refusent, puis
les pays des Moldaves et des Valaques s'en débarrassent.
Alors ils se ruent au service de la Porte, ce qu'ils
avaient fait dès le début .
Ils finissent par s'établir à leur compte
et deviennent brigands. A partir du XVII siècle,
les Albanais orthodoxes ceux-là, se répandent
au pays grec, o¯ ils campent comme en territoire conquis.
A Ducellier, dans Studi Veneziani X 1968, parle du :
" ... caractère turbulent et aventurier des
Albanais... "
Ce n'était pas facile non plus d'être Albanaisà
cette époque. Rien n'a changé sous le soleil.
Le comportement de l'Eglise serbe:
La restauration du Patriarcat de Pec en
1557, a un effet bénéfique, sur la consolidation
de l'Eglise orthodoxe en Serbie. Cela lui permit d'être
assez forte pour soutenir son peuple. Elle subissait les
contrecoups de la décadence de l'Empire ottoman
qui devenait de moins en moins tolérant. L'Archevêque
catholique Pierre Bogdani rapporte en 1662 que la population
de Serbie doit verser deux fois plus d'impôts que
les autres provinces de l'empire ottoman. Les confiscations
des terres abusives, les extorsions fiscales exagérées,
les destructions et usurpations, amenèrent l'Eglise
serbe à soutenir très ouvertement les insurrections
de sa population asservie. (fin XVI et début XVII).
Après les guerre austro-turques, 1683, 1716 et
1737, les rapports entre les chrétiens et les musulmans
s'enveniment encore. Après le dernier siège
de Vienne en 1683 , l'armée ottomane en déroute
pille tout sur son passage. Le pillage et les destructions
sont particulièrement importantes au Patriarcat
de Pec, et à Visoki Decani. L'offensive de la Ligue
Chrétienne ( Autriche, Pologne, Hongrie ) arrive
jusqu'à Skoplje. La ville est br˛lée pour
la nettoyer de la peste, mais ce n'est pas assez. L'épidémie
se propage. De très nombreuses exactions sont commises
sur les populations musulmanes albanaises et autres par
les armées de la Ligue, aidées par les insurrectionnels
bulgares, serbes et grecs. Le général autrichien
Picollomini accompagné par l'Archevêque catholique
Pierre Bogdani, est accueilli à Prizren par le
Patriarche Arsène III Tcharnojevitch. Picollomini
meurt de la peste à Prizren, suivi de près
par l'Archévêque Bogdani. Ils furent enterrés
à l'église orthodoxe Bogorodica Ljevichka
à Prizren. L'armée autrichienne est arrêtée
net, par les troupes ottomanes à Kacanik et se
retire jusqu' à Belgrade. La vengeance sur la population
qui reste est impitoyable. Des régions entières
sont massacrées par les Turcs, les Tatares de Crimée
et les Albanais fraichement convertis, passés du
côté du manche. Une islamisation forcée
est mise en place. Le Patriarche rassemble son peuple
et prend le chemin de l'exil. Le cortège immortalisé
par de nombreuses peintures, emporte les chasses avec
les reliques de ses saints. Des Albanais catholiques non
convertis, venus de l'Albanie septentrionale accompagnent
cet exode qui part vers la Slavonie, et même jusqu'à
la Hongrie. Il est à noter que les Serbes de Slavonie
viennent à nouveau, en 1997, d' être chassés.
Le sort des Serbes du KetM est bien connu maintenant.
Les Albanais qui ne voulaient pas de conflit interethnique
au KetM ont été les premières victimes
de l'UCK au cours de l'année 1998, tout comme au
moment de l'exode des Serbes emmenés par l'Evêque
Tcharnojevitch.
l'Histoire proche peu connue:
Sans entrer dans le détail des horreurs
qui eurent lieu juste avant la guerre balkanique, 1912,
il faut signaler que sous la pression des immigrés
musulmans imposés par le pouvoir ottoman, et qui
vinrent de Bosnie et d'Albanie, la population chrétienne
eut encore une fois du mal à résister. Beaucoup
de familles quittèrent la place. Dans l'histoire
proche de la région, au cours des dernières
cinquante années, le régime communiste favorisa
tout comme l'occupant italien pendant la deuxième
guerre mondiale, l'installation de la population albanaise
d'Albanie au KetM, au détriment des Serbes et des
non-Albanais qui y vivaient encore nombreux.
- En mars 1945, une loi interdit le retour des Serbes
réfugiés au KetM.
- Tito poussa jusqu'à l'autonomie judiciaire et
policière instaurée en 1974. La vie des
nonAlbanais devint intenable. La plupart s'en allèrent.
Ne restèrent que les plus coriaces et les plus
résistants, ainsi que les religieux, les moines
et les moniales qui continuaient à survivre dans
les monastères, en but à des tracasseries
incessantes de certains ŌSipetars' qui ne supportaient
pas leur présence. Une photo célèbre
d'une moniale prête à tout, qui part faire
ses courses avec un fusil à la main, avait fait
le tour des journaux allemands dans les années
1980. Sa Sainteté, l'actuel Patriarche serbe, Monsieur
Pavle, qui pendant quatorze ans, dans les années
les plus difficiles, a été Evêque
de Prizren, homme particulièrement doux, patient
et tolérant, un vrai saint homme, a été
agressé plus d'une fois par des jeunes albanais.
Il a été battu, on lui arrachait la barbe,
on l'insultait, mais il ne s'est jamais départi
de son calme ni de sa bienveillance, ce qui est assez
rare chez les Serbes, qui ont la tête près
du bonnet et le sang vif. Le Patriarche serbe est l'image
du vrai chrétien, celui qui ma”trise totalement
ses réactions naturelles. Le Patriarcat de Pec
et sa célèbre bibliothèque ont été
volontairement incendiés à plusieurs reprises,
mais en 1981 cela prit l'allure d'une catastrophe culturelle,
événement totalement étouffé
par le pouvoir de Belgrade . De très nombreux ouvrages
anciens ont été irrémédiablement
ab”més. Pendant la période de l'autonomie,
les religieux vivaient en reclus dans un milieu hostile.
Il n'y avait pas de justice équitable pour les
nonAlbanais. La police albanaise ne trouvait jamais le
coupable lorsque des exactions étaient commises
sur des Serbes et sur leurs biens. La population la•que
souffrait encore davantage. Elle n'avait pas l'enceinte
des monastères pour se protéger. Pendant
les persécutions particulièrement violentes,
elle venait se réfugier à l'église
et au monastère le plus proche, puis ressortait
pour aller vaquer dans les champs ou ailleurs. Il fallait
continuer à travailler pour se nourrir. De très
nombreux faits divers abominables ont deffrayé
la chronique puis ont été escamotés.
Les malheureux Serbes ne trouvant aucun appui sur place,
venaient réclamer justice à Belgrade et
on les renvoyait chez eux, en leur disant qu'ils disposaient
d'un corps judiciaire autonome au Kosovo et Metokhie.
Ils devaient s'adresser à lui. Les nonAlbanais
ont vécu dans ces conditions pendant un demi-siècle.
Si Milochevic a eu le succès que l'on conna”t avec
sa phrase : " Vous ne serez plus jamais battus ", c'est
parce qu'il avait redonné à toutes ces victimes
maltraitées, l'espoir de revivre normalement dans
leur région. Pour rester tout à fait juste,
il faut reconna”tre, qu'il n'a pas fait bon être
albanais à partir de 1989, lorsque l'autonomie
a été supprimée par Milochevic, même
si cela avait permis aux nonAlbanais de reprendre leur
souffle. Les Albanais non-autonomistes étaient
assassinés par les leurs et les indépendantistes
étaient pourchassés par le pouvoir policier.
Les difficultés entre la population albanaise et
nonalbanaise ont commencé avec l'occupation ottomane,
les Albanais étaient des gardes-chiourmes et des
contrema”tres sans pitié. Ils faisaient du zèle
en appliquant les ordres de leurs chefs turcs. La roue
a fini par tourner en 1918, puis a tourné encore
et ainsi de suite, jusqu'à maintenant. C'est ainsi
que les choses se passent dans les Balkans depuis un millénaire.
Kosovo et Métokhie est une région dure,
habitée par des gens durs, ceux qui ont survécu
par sélection naturelle. L'importance géostratégique
de KetM n' échappe à personne. Nombre de
batailles décisives se sont déroulées
là et ont eu des conséquences gravissimes.
Les politiques le savent et évitent soigneusement
d'inviter des historiens à leurs colloques. Si
la bataille dite de Kosovo Polje fut le testament de Kosovo
pour les Serbes, la bataille qui se déroula en
1448 entre les Hongrois et les Turcs scella la défaite
de tous les chrétiens et ouvrit une brèche
sérieuse qui pérmit le raz de marée
asiatique. Les guerres revêtent aujourd'hui un aspect
différent, mais les envahisseurs du KetM sont les
envahisseurs de l'Europe. |